Durant trois jours, du 28 au 30 Mai , la capitale togolaise a abrité un atelier régional d’une importance stratégique pour le devenir écologique du continent. Cette rencontre, placée sous l’égide du Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE), en collaboration avec la Commission de l’Union Africaine (CUA) et l’Agence panafricaine de la Grande Muraille Verte (GMV), a réuni une mosaïque d’acteurs autour d’une ambition commune : renforcer la résilience des écosystèmes sahéliens et sub-sahéliens face à la désertification, à la dégradation des terres et au changement climatique.
Le Togo, symbole d’un engagement écologique renouvelé
Dans son discours inaugural, le Ministre togolais de l’Environnement et des Ressources Forestières, Foli-Bazi Katari, a salué le choix de Lomé comme hôte de ce rendez-vous continental. Il y a vu un signe de reconnaissance de l’engagement du Togo, souligné notamment par sa demande officielle d’adhésion à l’Agence panafricaine de la GMV en août 2024. Cet acte traduit une convergence entre les ambitions nationales et les objectifs régionaux de restauration des terres et de protection des écosystèmes.
Évoquant les enjeux contemporains, le Ministre a dressé un tableau sans complaisance de la situation du continent, confronté à des phénomènes alarmants tels que la déforestation, la perte de biodiversité, la baisse de fertilité des sols et l’intensification des perturbations climatiques. Il a rappelé que plus de 700 millions d’hectares de terres africaines nécessitent une restauration urgente. À ses yeux, cette crise est aussi une opportunité de repenser les systèmes agricoles et forestiers à travers une gestion intégrée des paysages, au service de la sécurité alimentaire, de la réduction de la pauvreté et de l’atténuation des émissions de gaz à effet de serre.
Une stratégie nationale en phase avec les objectifs continentaux
S’inscrivant dans la vision du Chef de l’État, Faure Essozimna Gnassingbé, le Togo a intégré la question écologique au cœur de son développement. Sa Politique forestière nationale adoptée en 2023 prévoit une couverture forestière de 25 % dès 2025 et 26 % à l’horizon 2030, tout en visant une réduction de plus de 50 % des émissions de gaz à effet de serre d’ici cette échéance. Le pays s’est aussi fixé l’objectif ambitieux de restaurer 1,4 million d’hectares de terres à travers son engagement dans l’initiative AFR100, de planter un milliard d’arbres et de créer plus de 30 000 emplois verts d’ici 2030.
Ces objectifs prennent corps à travers des programmes phares tels que le reboisement à grande échelle, la gestion durable des forêts, la promotion du bois-énergie et la lutte contre la désertification, en particulier dans les zones vulnérables du Nord. Des réformes institutionnelles sont également en cours, à travers une stratégie REDD+, un programme de gestion des risques climatiques (PA2RCM) et une refonte législative alignée sur les défis environnementaux actuels.
Une dynamique continentale au service des territoires saharo-sahéliens
Lancé en 2007, le projet de la Grande Muraille Verte a connu une mue conceptuelle, passant d’un simple cordon boisé à une approche intégrée de développement rural durable. Sa finalité est désormais triple : restaurer 100 millions d’hectares de terres, générer 10 millions d’emplois verts et séquestrer 250 millions de tonnes de carbone d’ici 2030. Cette vision, saluée par l’ensemble des participants, incarne une solidarité africaine fondée sur l’action climatique et la justice environnementale.
Le représentant du Secrétariat exécutif de l’Agence panafricaine de la GMV a tenu à exprimer sa reconnaissance au gouvernement togolais pour l’accueil de cette rencontre. Il a rappelé l’histoire profonde de l’initiative avec le Fonds pour l’Environnement Mondial (FEM), qui avait dès 2010 injecté un soutien de 118 millions de dollars pour amorcer les premières phases de la GMV. Depuis, l’idée a mûri pour intégrer une dimension de développement économique local, impliquant étroitement les communautés. La participation des anciens cadres de la GMV comme consultants dans l’élaboration du programme actuel illustre une approche de co-construction porteuse d’appropriation locale.
Néanmoins, il a souligné que la mobilisation effective des ressources reste un défi majeur. Si les annonces de financements sont nombreuses, leur concrétisation sur le terrain s’avère souvent incertaine. À ce titre, il a salué le programme régional PNUE-FEM comme un exemple rare de financement opérationnel, porteur d’espoir pour les États les plus exposés aux aléas climatiques.
La BOAD, cheville ouvrière de la transformation verte
Représentant la Banque Ouest Africaine de Développement (BOAD), Traoré Ibrahim, responsable des projets climat, a réitéré l’engagement de l’institution à accompagner les États dans cette dynamique. Il a rappelé la signature, en septembre 2023, d’un accord de partenariat stratégique entre la BOAD et l’Agence panafricaine de la GMV, qui a débouché sur la structuration d’un programme régional sous le FEM 8, avec neuf projets nationaux, dont ceux du Burkina Faso et du Mali, directement mis en œuvre par la Banque.
La validation des notes conceptuelles en juin 2024 par le Conseil du FEM marque, selon lui, un tournant vers la phase d’exécution concrète. À ce titre, il a insisté sur l’importance d’une coordination efficiente, d’un alignement des efforts et d’un appui constant aux États membres pour rendre tangibles les impacts de cette initiative auprès des communautés vulnérables.
Il a également salué la contribution de personnalités clés, à l’instar de M. Bouhari Adamou, qualifié de bâtisseur du programme PNUE-FEM, et a invité tous les partenaires à suivre cette voie faite de collaboration sincère et d’efficacité partagée.
Vers un avenir écologique africain ancré dans la solidarité
En conclusion, le Ministre Foli-Bazi Katari a lancé un appel vibrant à l’ensemble des parties prenantes : États, partenaires techniques et financiers, secteur privé, chercheurs, communautés locales. Il a exhorté chacun à unir ses efforts pour faire de la GMV un levier de développement durable, de justice climatique et de paix sociale.
Par cet atelier régional, ouvert dans un esprit de responsabilité et d’espérance, Lomé s’inscrit désormais comme un jalon de la mobilisation africaine pour un avenir plus vert, plus résilient et solidaire.