Il est des instants où l’histoire, lasse d’attendre, choisit son théâtre et y déploie ses symboles. Tel fut le cas à Lomé, lorsque l’Hôpital Dogta-Lafiè, temple de la modernité hospitalière, ouvrit ses portes ce 2 octobre 2025 à la première édition de ses Journées Médicales. Là, au croisement des savoirs et des espérances, la médecine africaine s’est donné un rendez-vous avec elle-même, comme pour signifier au monde que l’Afrique n’entend plus être la patiente résignée des innovations venues d’ailleurs, mais bien la médecin inspirée de son propre destin.
Sous le thème aux résonances prophétiques, « L’innovation médicale en Afrique : défis et opportunités », praticiens, chercheurs et décideurs ont conjugué leurs intelligences pour dessiner une nouvelle ordonnance continentale, où la science épouse la solidarité, et où l’innovation se fait serment d’avenir.
La cérémonie inaugurale, rehaussée par la présence du ministre de la Santé et de l’Hygiène publique, Pr Tchen DARRE, et de la Directrice générale de la CNSS, Mme Ingrid AWADE, Présidente du Conseil d’Administration de la Société de Gestion Hospitalière, fut d’une gravité solennelle. Plus qu’un protocole d’ouverture, elle marqua l’avènement d’un manifeste médical, où la volonté politique rencontre l’exigence scientifique dans un pacte tacite : faire de la santé un pilier de souveraineté.
Dans un discours limpide et pénétrant, le ministre DARRE traça le tableau d’une Afrique partagée entre deux fronts : d’un côté, l’ombre tenace des maladies transmissibles – paludisme, VIH/Sida, tuberculose ; de l’autre, la montée inexorable des fléaux modernes , cancers, diabète, hypertension. Entre ces deux écueils, l’innovation se dresse non plus comme une option, mais comme une nécessité impérieuse, seule capable de transformer la vulnérabilité en résilience.
« Faire de la nécessité le moteur de la créativité », déclara-t-il, offrant ainsi à l’Afrique une maxime qui sonne comme une prescription : inventer ses propres remèdes pour ne plus dépendre des ordonnances du dehors.

Le Médecin Lieutenant-Colonel Éyouvei AKATA, Directeur général de l’Hôpital, résuma l’esprit de ces journées d’une formule vibrante : « Ces assises sont le lieu où l’excellence rencontre la performance, et où la solidarité scientifique devient un remède collectif. »
À travers cette initiative, Dogta-Lafiè ne se contente pas de montrer son plateau technique d’exception : il se veut catalyseur d’alliances, foyer d’un savoir qui circule, se partage et se féconde, afin de donner à la médecine africaine les contours d’une science non pas importée, mais incarnée.

Sous l’autorité du Pr Étienne AYITÉ, président du Comité scientifique, une feuille de route ambitieuse fut dessinée. Les journées se sont articulées autour d’ateliers et de conférences destinés à :
Sensibiliser aux avancées médicales transposables dans le contexte africain ;
Renforcer les compétences par des exercices pratiques ;
Ériger des ponts entre hôpital publics et cliniques privées ;
Encourager la naissance de réseaux scientifiques pérennes ;
Faire rayonner Dogta-Lafiè comme un phare régional de la science médicale.
Les thématiques, vastes et pointues, allaient de la gestion des données de santé à l’imagerie interventionnelle, de l’usage de l’IRM haut champ dans la détection des cancers de la prostate, jusqu’aux progrès en biologie médicale et anatomopathologie au Togo.
Plus qu’un forum, ces Journées se veulent boussole et serment. Elles rappellent que l’innovation médicale ne saurait rester un luxe importé, mais doit devenir une compétence forgée, ancrée et assumée par le continent lui-même. Comme l’a martelé le ministre DARRE : « Ce n’est pas un colloque de plus, mais le début d’une feuille de route. L’innovation, c’est notre héritage à écrire. »
Ainsi, du 2 au 3 octobre 2025, Lomé s’est métamorphosée en laboratoire d’idées, en agora savante où s’est dessinée l’esquisse d’une Afrique sanitaire plus libre, plus inventive et plus souveraine.
En se posant comme stéthoscope du continent, Dogta-Lafiè a pris le pouls d’une Afrique qui, loin de subir, choisit désormais de prescrire elle-même son avenir, en médecin attentif et en visionnaire éclairé.