« Couveuses d’imaginaires », l’exposition qui fait rayonner la création photographique féminine

CULTURE SOCIETE

La Biennale des Arts en Espace Public du Togo est en train de célébrer, dans son édition spéciale « Résonances Urbaines », une exposition photographique qui attire l’attention du public universitaire et artistique.
Intitulée « Couveuse d’imaginaire », cette exposition réunit actuellement cinq créatrices venues du Burkina Faso, de la RD Congo, de l’Île Maurice, de la Suisse et du Togo, faisant rayonner la photographie contemporaine féminine au cœur de Lomé.

Présentée dans le cadre de la Rentrée Culturelle Universitaire, organisée par la Faculté des Lettres, Langues et Arts (FLLA), l’exposition est inaugurée ce samedi 22 novembre 2025 sur l’esplanade de la faculté, transformée pour l’occasion en un véritable laboratoire visuel.
Elle restera visible pendant une semaine, offrant au public un espace de réflexion et d’émerveillement.

Les œuvres exposées ne cherchent pas à créer un lien formel, mais à dialoguer librement.
Les artistes Soum Eveline Bonkoungou, Brida Mbavu Fatuma, Mélisa Madanamootoo, Lina Mensah et Lauren Pasche proposent des univers qui interrogent la mémoire, l’environnement, la féminité, la foi, la scène et la relation intime au territoire.
Le public navigue ainsi entre documentaire et abstraction, dans une mosaïque de sensibilités où chaque regard est un monde.

Organisée par l’Association KAdam-KAdam et soutenue par le programme Spaces of Culture, la Biennale transforme en ce moment la ville de Lomé en une scène ouverte.
Performances, spectacles, ateliers, masterclass et soirées musicales s’enchaînent, faisant de l’art un langage pour tous.

Sous le thème « Résonances Urbaines : Marionnettes et Performances Publiques pour l’Autonomisation des Jeunes », le festival invoque l’art comme outil de cohésion sociale et de prise de parole citoyenne.
Des artistes du Togo, du Bénin, du Burkina Faso, du Mali, de la RDC, de la Suisse, de la Belgique et du Canada y participent, confirmant la vivacité des arts vivants africains et francophones.

L’éclairage du curateur, Komlan Daniel Agbenonwossi

Pour le curateur, l’exposition repose sur une idée forte : les cinq artistes, l’université et la Biennale sont, chacune à leur manière, des couveuses d’imaginaire.
Elles incubent des pensées, éveillent des regards, stimulent la réflexion dans un environnement universitaire propice à la critique et à la création.

Il insiste également sur la nécessité de l’archivage, un enjeu crucial dans un pays où les traces visuelles du passé demeurent limitées.
« Si nous ne documentons pas aujourd’hui, nous priverons demain d’images », explique-t-il, appelant chacun à conserver photos, récits et documents familiaux.
L’exposition devient ainsi un appel à préserver la mémoire, pour soi et pour les générations qui suivent.

Plusieurs visites guidées ont lieu tout au long de la semaine, afin de permettre aux étudiants — véritables relais de demain — de s’approprier les œuvres et d’en comprendre la portée sociale.

La parole de Raouf Tchakondo, Directeur artistique du projet

Pour Raouf Tchakondo, le geste est clair : ramener l’art vers les populations et ramener les populations vers l’art.
Selon lui, l’exposition répond à une volonté d’ouvrir les œuvres au plus grand nombre, en les sortant des galeries et institutions pour les ancrer dans l’espace public.

Il rappelle également l’importance de valoriser les femmes dans la création artistique :« Dans la photographie comme dans beaucoup de domaines culturels, les femmes ne sont pas suffisamment mises en avant. Cette exposition leur donne la lumière qu’elles méritent, et montre aux jeunes filles que la photographie peut être une voie viable, un métier, une passion. »

Le directeur artistique insiste sur la portée sociale des thèmes abordés :
les œuvres s’inspirent du vécu quotidien, il est donc naturel qu’elles soient exposées là où ce vécu s’exprime dans la rue, au cœur de la cité.

Il cite notamment le travail de l’artiste congolaise primée pour son œuvre sur la nature :
« Très peu de personnes des quartiers modestes savent qu’un tel travail existe. L’exposer dans l’espace public rend cette beauté accessible à tous. »

Le choix de l’Université de Lomé s’impose alors : un lieu de savoir, de jeunesse et de transmission.
Après cette étape, l’exposition poursuit son parcours au Goethe-Institut, avant de rejoindre la Maison du Festival à Atilamonou.

Dans cette couveuse d’imaginaires, l’art se fait respiration, mémoire et miroir.Dans cette couveuse d’imaginaires, le public est invité non seulement à regarder, mais à penser, ressentir, questionner et surtout, à transmettre.
L’exposition peut être éphémère ; l’empreinte, elle, restera durable