CRAAI 2026 : bâtir une assurance accessible, résiliente et durable

SANTE

À l’heure où les incertitudes économiques, sanitaires et climatiques redessinent les contours de la vulnérabilité en Afrique, la 11ᵉ Conférence Régionale Africaine sur l’Assurance Inclusive (CRAAI) s’impose comme un carrefour décisif. Plus qu’un simple conclave d’experts, cette rencontre continentale ambitionne une véritable mue du secteur : passer d’une assurance d’exception à une assurance de proximité, d’un privilège à un droit partagé.
Choisie comme épicentre de cette réflexion stratégique, Lomé ne doit rien au hasard. Forte de son dynamisme en matière d’inclusion financière, la capitale togolaise se positionne en creuset d’innovations où les idées ne demandent qu’à se transformer en actions. Ici, l’assurance n’est plus un simple filet de sécurité : elle aspire à devenir une trame essentielle du tissu socio-économique.
Un plaidoyer pour une refondation sans détour
Dès l’ouverture des travaux, le ministre en charge des assurances, Jean-Marie Tessi, a insufflé un ton résolument volontariste. Exit les diagnostics convenus : place à une refonte en profondeur. Son appel est clair, presque incantatoire : bâtir une assurance « plus inclusive, plus résiliente, et surtout plus enracinée dans les réalités africaines ».
Au cœur de cette interpellation, une évidence longtemps ignorée : l’économie informelle, véritable colonne vertébrale du continent, demeure en marge des mécanismes assurantiels classiques. Revendeuses, conducteurs de taxi-moto, agriculteurs ou artisans — autant d’acteurs économiques laissés à découvert dans un monde saturé de risques. L’enjeu est donc de taille : démocratiser l’assurance jusqu’à en faire un réflexe aussi naturel que l’épargne.
Trois clés pour déverrouiller l’avenir
Pour opérer cette transformation systémique, une feuille de route triptyque s’impose, conjuguant innovation, simplification et régulation :
L’InsurTech, ou l’assurance à portée de main : le téléphone mobile devient la nouvelle agence de proximité. Grâce à des solutions accessibles comme l’USSD, l’assurance se dématérialise pour mieux se matérialiser dans le quotidien des populations.
L’assurance paramétrique, ou la fin des lourdeurs : en substituant la paperasse par la donnée, ce modèle promet des indemnisations rapides, automatiques et transparentes. Une révolution silencieuse qui réconcilie l’assuré avec la confiance.
L’agilité réglementaire, ou le droit en mouvement : pour accompagner ces mutations, les cadres juridiques doivent évoluer. L’enjeu est de taille : sécuriser l’innovation sans l’étouffer, protéger sans freiner.
De la protection sociale à la puissance économique
Au-delà des outils et des modèles, c’est une véritable philosophie qui s’esquisse. L’assurance inclusive cesse d’être perçue comme une simple béquille sociale pour s’affirmer comme un levier stratégique de développement. Elle devient un instrument de souveraineté, capable de mobiliser des ressources internes et de renforcer la résilience des économies africaines.
Dans un contexte marqué par la contraction des financements extérieurs, cette redéfinition sonne comme une évidence : mutualiser les risques, c’est aussi mutualiser les forces. Ainsi, la CRAAI 2026 ne se contente pas de panser les fragilités ; elle ambitionne de bâtir des fondations solides, où chaque citoyen, quel que soit son statut, peut prétendre à une protection digne.
À Lomé, l’assurance n’est plus seulement une couverture : elle devient une conquête.