Lomé vient d’achever cinq jours d’une effervescence où se sont mêlés débats, saveurs et convictions. La première édition du Forum International des Jeunes sur la Souveraineté Alimentaire (FIJ-SA), organisée par l’Organisation pour l’Alimentation et le Développement Local (OADEL), a rassemblé une constellation de voix venues du Togo, du Mali, du Burkina Faso et du Bénin, portées par une ambition commune : redonner à l’Afrique les clés de sa propre assiette.
Un forum pour lever la tête… et la fourche
Sous l’impulsion de son Directeur exécutif, Tata AMETOENYENOU, l’OADEL a voulu faire de ce rendez-vous un champ de réflexion et d’action. Depuis plus de vingt ans, l’organisation laboure le terrain de la souveraineté alimentaire, mais constate que, malgré les milliards investis dans l’agriculture et l’agroalimentaire, le grenier africain reste souvent approvisionné par des cargaisons venues d’ailleurs.
« La souveraineté alimentaire ne peut rester un slogan, elle doit devenir une réalité palpable pour chaque citoyen », a martelé M. AMETOENYENOU.
L’un des moments forts du forum fut la clarification d’une confusion fréquente : la sécurité alimentaire n’est pas la souveraineté alimentaire. Si la première se contente de garantir l’accès à la nourriture, la seconde revendique le droit de maîtriser la production, les semences, les circuits de distribution et les prix. En d’autres termes, il ne s’agit pas seulement de remplir les assiettes, mais de savoir d’où vient chaque bouchée et de permettre aux producteurs – paysans, pêcheurs, éleveurs – de vivre dignement de leur labeur.
Des obstacles tenaces sur la route de l’autonomie
Les débats ont mis en lumière plusieurs pierres d’achoppement. Les modèles actuels de financement, souvent calqués sur des schémas étrangers, se révèlent inadaptés aux réalités africaines. Les conditions d’accès aux crédits agricoles restent draconiennes, et les modalités peu incitatives pour les jeunes producteurs.
Autre enjeu majeur : la dépendance aux semences importées. Cette dépendance, considérée comme un maillon faible de l’édifice agricole, menace la biodiversité et l’autonomie des paysans. Le Directeur exécutif plaide pour la création de banques génétiques locales, capables de préserver et de multiplier les semences adaptées aux terroirs africains, qu’elles soient végétales, animales ou halieutiques.
La jeunesse au premier rang
Si ce forum a donné la parole à des chercheurs, universitaires et praticiens, c’est surtout la jeunesse qui était placée au cœur du dispositif. « Ils sont à la fois les consommateurs d’aujourd’hui et les décideurs de demain », souligne M. AMETOENYENOU. Leurs choix alimentaires, leurs habitudes d’achat et leur engagement citoyen seront déterminants pour bâtir un marché intérieur solide, capable de soutenir la production locale.
Entre parole et palais : l’alliance avec le FESMA
Organisé en synergie avec le Festival La Marmite (FESMA), le FIJ-SA a prouvé que réflexion et gastronomie peuvent partager la même table. Entre deux conférences, les participants ont dégusté des créations culinaires audacieuses, préparées par des chefs venus du Togo, de la Martinique, du Sénégal, du Mali, du Bénin et même de Paris. Ce dialogue entre assiette et pensée a donné une dimension sensorielle aux enjeux débattus.
Un sillon tracé pour l’avenir
À l’heure du bilan, le Directeur exécutif se dit satisfait : la participation a été forte, les interventions de qualité, et la volonté de poursuivre l’élan palpable. Les participants réclament déjà une édition plus large, plus internationale et plus ancrée dans l’action.
Pour M. AMETOENYENOU, le cap est clair : renforcer les thématiques, élargir les partenariats et faire germer les résolutions adoptées. L’OADEL entend accompagner les jeunes dans la mise en œuvre des idées nées au forum, pour que la souveraineté alimentaire ne soit plus un horizon lointain, mais un champ fertile, cultivé par et pour les Africains.