Longtemps symbole de richesse rurale et de stabilité agricole, le café-cacao togolais traverse aujourd’hui une période de vaches maigres. Dans les plantations, les fèves mûrissent sans trouver preneur ; dans les entrepôts, les sacs s’empilent comme autant de promesses non tenues. L’or brun, jadis convoité, semble avoir perdu sa saveur sur l’échiquier des marchés mondiaux.
À Lomé, la gravité de la situation a imposé une réaction collective. Producteurs, acheteurs, exportateurs et transformateurs, réunis sous la bannière de leurs associations respectives, ont tenu une réunion d’urgence à l’initiative du Comité de Coordination pour les Filières Café et Cacao (CCFCC). Un huis clos nécessaire, tant la filière vacille sous le poids d’une crise multiforme.
Après une campagne 2024-2025 jugée satisfaisante, l’exercice en cours s’inscrit dans une dynamique inverse. La chute brutale des cours internationaux, combinée à une baisse de la production, a rendu les stocks togolais moins compétitifs, voire invendables. Dans les campagnes, certaines fèves ne sont même plus récoltées, faute de rentabilité. Le paradoxe est cruel : produire davantage pour gagner moins.
Pour Anselme GOUTHON, Secrétaire général du CCFCC, cette crise révèle une faiblesse structurelle bien connue des économies agricoles africaines.
« Nous consommons ce que nous ne produisons pas et produisons ce que nous ne consommons pas », a-t-il rappelé avec amertume.
Selon lui, tant que les pays producteurs avanceront en ordre dispersé, ils resteront soumis à une loi du marché dictée par les grands consommateurs internationaux. La solidarité entre États producteurs apparaît ainsi comme une condition sine qua non pour espérer rééquilibrer les rapports de force.
Les chiffres confirment l’ampleur du choc. Pour la campagne 2025-2026, les prix des fèves ont dégringolé, passant de 6 000 FCFA à environ 2 000 FCFA, voire moins. Au Togo, les prix indicatifs pour la période du 16 au 31 janvier 2026 s’établissent à 1 530 FCFA le kilogramme pour le café et à 1 885 FCFA pour le cacao. Les prix bord champ, relevés au 27 janvier 2026, atteignent 1 800 FCFA/kg pour le café et oscillent entre 1 500 et 1 800 FCFA/kg pour le cacao.
Si le café résiste tant bien que mal, le cacao, lui, continue de glisser sur une pente dangereusement baissière, exposant l’ensemble des acteurs aux dérives spéculatives.
Au-delà des fluctuations du marché, d’autres facteurs aggravants s’invitent dans l’équation : les effets du changement climatique, le vieillissement des plantations et celui des producteurs eux-mêmes. Autant de fragilités qui hypothèquent l’avenir d’une filière déjà sous tension, au Togo comme dans plusieurs pays de la sous-région.
Face à cette tempête, la réunion de Lomé s’est voulue un espace de lucidité et de responsabilité partagée.
« La situation est critique. Les producteurs, les acheteurs et même les exportateurs ont des difficultés à écouler leurs stocks, devenus peu attractifs à cause de la chute des cours », a reconnu Anselme GOUTHON.
Pour lui, l’État ne saurait être le seul rempart : « L’État, c’est nous tous ». La solution passe donc par une concertation renforcée et des décisions communes capables de desserrer l’étau.
En filigrane, les échanges ont permis de tracer des pistes pour libérer progressivement les stocks et envisager, à moyen terme, des mécanismes de compensation lorsque les prix connaîtront une éventuelle reprise. Mais la ligne directrice reste claire : aucun acteur ne sortira indemne sans consentir à une part de sacrifice.
« Il faut que chacun accepte de supporter une partie des conséquences liées à un marché actuellement défavorable », a martelé le Secrétaire général du CCFCC.
À l’heure où l’or brun perd de son éclat, le café-cacao togolais se retrouve à un tournant décisif. Entre résilience collective et refondation stratégique, la filière n’a plus le choix : il lui faut réinventer son avenir, au risque de voir l’amertume remplacer durablement l’espérance dans les plantations