Le cinéma togolais poursuit sa mue et affirme progressivement ses ambitions. À Lomé, un nouveau programme entend donner aux jeunes créateurs les moyens de transformer leurs idées en œuvres cinématographiques capables de franchir les frontières. Baptisée Togo Stories, cette initiative portée par l’Association des Femmes du Cinéma et de l’Audiovisuel au Togo vise à structurer la jeune création et à accompagner les talents émergents vers des standards professionnels reconnus.
C’est dans cette perspective qu’une rencontre d’information et de mobilisation s’est tenue le vendredi 13 mars 2026 au Cika Golden Hotel & Suites.

À cette occasion, la cinéaste et professionnelle des industries culturelles Lely Anité-Gbouhi, présidente de l’Association des Femmes du Cinéma et de l’Audiovisuel au Togo (AFECIAT), a présenté aux médias les contours de ce programme qui ambitionne de révéler une nouvelle génération de cinéastes togolais.

Selon la promotrice, le Togo regorge d’histoires fortes, de sensibilités artistiques et de regards singuliers qui méritent d’être racontés et partagés au-delà des frontières nationales. De cette conviction est née l’idée de Togo Stories, conçu comme un véritable incubateur créatif accompagnant les porteurs de projets de l’écriture à la réalisation.
L’initiative bénéficie du soutien de partenaires internationaux tels que Canal+ University et l’Agence Française de Développement, qui ont appuyé la première phase consacrée à la formation et au perfectionnement.

Cette étape s’est matérialisée par une résidence immersive durant laquelle de jeunes auteurs et producteurs togolais ont été encadrés par des professionnels reconnus du secteur. Parmi eux figuraient notamment le scénariste et script doctor Rabah Goudjil, collaborateur du réalisateur Luc Besson, ainsi que la scénariste togolaise Madie Foltek. Des experts en production cinématographique tels que Angèle Diabang et Marcelin Bossou ont également apporté leur expertise afin de renforcer la qualité narrative et la solidité des projets.

Grâce à cet accompagnement, les participants ont pu consolider leurs scénarios, affiner leurs stratégies de financement et se préparer aux exigences concrètes des tournages professionnels. Pour les initiateurs du programme, cette résidence constitue une étape essentielle dans la maturation artistique et technique des œuvres en gestation.
La prochaine phase du programme ouvre désormais la voie à la production. À l’issue du processus d’incubation, cinq projets de courts métrages seront retenus pour être portés à l’écran. Les tournages sont prévus entre juillet et août 2026 à Lomé et dans ses environs, sous le mentorat de plusieurs professionnels du cinéma, parmi lesquels Olivier Gal, Florencia Amoussou et Silvère Amassan Nicoé. La phase de post-production, comprenant le montage, l’étalonnage et le mixage, devrait se dérouler entre septembre et novembre de la même année, avant une avant-première officielle et le lancement du circuit des festivals internationaux.
L’objectif affiché par les initiateurs est de permettre à ces productions de se frayer un chemin vers les grandes vitrines du cinéma africain, notamment le Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou, rendez-vous incontournable du septième art sur le continent.
Au-delà de l’ambition artistique, le programme met également un accent particulier sur la promotion de la parité dans l’industrie cinématographique. Les organisateurs ont veillé à assurer un équilibre entre hommes et femmes lors de la sélection des participants, aussi bien pour la résidence d’écriture que pour celle consacrée à la production. Une dynamique encourageante s’est d’ailleurs manifestée à travers un nombre croissant de candidatures féminines, signe d’une implication grandissante des femmes dans la création cinématographique togolaise.
Parmi les talents révélés par la résidence figure l’actrice Yovo Kafui, qui fait ici ses premiers pas dans l’écriture scénaristique. Son projet de court métrage intitulé Une autre musique explore avec sensibilité la quête intérieure d’une jeune artiste nommée Kekeli. Solitaire et farouchement attachée à sa guitare, celle-ci est convaincue que son accomplissement artistique passe par une carrière en solo. Pourtant, la vie la conduit à rejoindre un orchestre où elle découvre la puissance de la création collective. À travers cette histoire, l’auteure aborde avec finesse les thèmes du lâcher-prise et de l’ouverture aux opportunités inattendues, rappelant que l’épanouissement naît parfois des chemins que l’on n’avait pas envisagés.
Dans sa démarche artistique, la jeune scénariste privilégie la sobriété et l’émotion. Elle cherche à laisser l’image et l’action raconter l’essentiel, évitant les dialogues superflus afin de préserver la force expressive du récit. Pour elle, ce projet constitue le passage d’une idée intuitive à une narration structurée, capable de dialoguer avec les exigences de l’écriture cinématographique contemporaine.

Si la phase de formation a déjà bénéficié du soutien de partenaires institutionnels, l’AFECIAT lance désormais un appel à la mobilisation des entreprises, institutions et mécènes togolais afin d’accompagner la phase de production des films. L’ambition est de fédérer les forces nationales autour d’un projet culturel porteur, capable de contribuer à la professionnalisation et à l’industrialisation progressive de la filière cinématographique togolaise.
Pour Lely Anité-Gbouhi, l’enjeu dépasse largement la simple réalisation de films. Il s’agit avant tout de permettre aux histoires togolaises d’être racontées avec authenticité et qualité, puis de circuler dans les festivals, sur les plateformes et auprès des publics du continent et d’ailleurs. Dans un espace régional qui s’étend de la Côte d’Ivoire au Ghana, en passant par le Bénin, le Burkina Faso et le Togo, le potentiel de diffusion est considérable.

Dans le cadre de cette résidence, la scénariste, consultante et formatrice Madie Foltek a également apporté son expertise aux participants en les accompagnant dans la construction de récits solidement enracinés dans les réalités locales. Son intervention s’inscrit dans une démarche de transmission visant à encourager les auteurs à raconter leurs propres histoires, celles qui prennent naissance dans leur environnement culturel et social.
Aux côtés du scénariste Rabah Goudjil, principal formateur du programme, elle a contribué à enrichir la réflexion des participants en leur offrant un regard complémentaire, nourri de son expérience personnelle et de son parcours dans l’écriture audiovisuelle. Là où l’approche internationale du script doctor apporte une vision globale des mécanismes de la narration cinématographique, Madie Foltek s’attache pour sa part à rappeler l’importance de l’ancrage local dans la création.
Dans cette dynamique pédagogique, elle a également animé une masterclass autour de sa série Ahoé , œuvre qui illustre selon elle la possibilité de concilier authenticité culturelle et portée universelle. À travers cet exemple, elle a démontré comment une histoire profondément enracinée dans un contexte togolais peut néanmoins toucher un public bien au-delà de ses frontières.

Pour la scénariste, la force d’un récit ne réside pas uniquement dans ses décors ou dans les références culturelles qu’il mobilise. L’essentiel se trouve avant tout dans la profondeur des personnages et dans les émotions qu’ils transmettent. Autrement dit, raconter une histoire sur le Togo ne suffit pas en soi ; encore faut-il créer des personnages crédibles et profondément humains, capables de susciter l’identification du public.
Elle souligne ainsi que le véritable défi consiste à développer des récits qui parlent du pays tout en abordant des thèmes universels.
S’agissant des projets développés par les participants de Togo Stories, Madie Foltek se montre particulièrement enthousiaste. Elle souligne la richesse et la diversité des propositions présentées, chacune portant une vision singulière et un imaginaire distinct.
Pour elle, l’étape suivante consiste désormais à affirmer une manière togolaise de raconter ces histoires, sans se limiter à reproduire les modèles narratifs venus d’ailleurs. L’enjeu est de construire un langage cinématographique propre, nourri par les sensibilités locales et capable de porter les récits togolais vers un horizon universel.
À travers Togo Stories, le cinéma togolais se dote ainsi d’un nouvel instrument pour transformer ses récits en images et ses talents en ambassadeurs culturels. Car investir dans ce programme, c’est aussi contribuer à écrire une page nouvelle du septième art togolais et à faire résonner, au-delà des frontières, les voix et les imaginaires du pays.