Sous les lustres étincelants de l’emblématique Hôtel 2 Février, le Togo a offert, le temps d’une cérémonie à haute portée symbolique, une lecture éclairée de ses avancées en matière de droits des femmes. À l’occasion de la présentation du rapport Women, Business and the Law 2026 de la Banque mondiale, autorités publiques, partenaires techniques et acteurs engagés ont conjugué leurs regards autour d’un même impératif : faire de l’égalité juridique une réalité tangible.
Présidant la rencontre au nom du Président du Conseil, Sandra Ablamba Johnson, en présence du représentant résident de l’institution, Antonius Verheijen, a donné à l’événement les accents d’un plaidoyer pour une égalité en actes, au-delà des proclamations.
Avec un score de 79,33 sur 100, le Togo s’impose comme un élève modèle en Afrique subsaharienne, occupant la deuxième place du classement, derrière l’île Maurice. Devant des nations souvent citées en référence — Afrique du Sud, Rwanda, Kenya ou Côte d’Ivoire — le pays démontre que, sur le terrain normatif, l’égalité peut s’écrire au féminin pluriel.
Une performance qui atteste d’un cadre juridique en nette progression, capable d’intégrer les exigences contemporaines de justice sociale. Mais si la loi trace la voie, elle ne suffit pas toujours à ouvrir le chemin.
L’édition 2026 du rapport marque une inflexion majeure. Avec l’approche WBL 2.0, la Banque mondiale ne se contente plus de scruter les textes : elle en évalue désormais la portée réelle. Autrement dit, il ne s’agit plus seulement de dire le droit, mais de mesurer sa capacité à transformer la vie des femmes.
Cette mutation méthodologique agit comme un révélateur : entre la lettre et l’esprit, entre la norme et la pratique, subsistent encore des lignes de fracture.
Des réformes qui dessinent une justice économique plus inclusive
Prenant la parole, la ministre a salué l’accompagnement constant de la Banque mondiale, tout en réaffirmant l’engagement du gouvernement à faire de l’inclusion le socle de son action publique, conformément à la Feuille de route 2020-2025. Un engagement d’autant plus légitime que les femmes représentent 51,3 % de la population togolaise, selon le RGPH-5 de 2022.
Dans cette dynamique, les réformes engagées entre 2023 et 2025 apparaissent comme autant de jalons décisifs :
protection renforcée contre le licenciement lié à la grossesse,
prise en charge intégrale du congé de maternité par la sécurité sociale,
amélioration de l’accès des femmes au crédit,
reconnaissance progressive de formes de travail longtemps invisibilisées.
À ces avancées s’ajoutent des innovations notables, telles que la flexibilité des conditions de travail ou la reconnaissance du travail domestique dans le cadre matrimonial. Autant de signaux d’un droit en mouvement, qui tente de s’adapter aux réalités sociales.
Quand les chiffres éclairent… et alertent
Mais derrière l’éclat du classement, une réalité plus nuancée se dessine. Si le cadre juridique obtient une note honorable, les dispositifs institutionnels de soutien plafonnent à 31,95 sur 100, révélant un déséquilibre préoccupant.
Le constat est sans détour : la loi avance plus vite que sa mise en œuvre.
Antonius Verheijen l’a exprimé avec lucidité :
« Les lois évoluent, les réformes s’accélèrent. Mais la loi seule ne crée ni emplois, ni crèches, ni sécurité pour les femmes. »
Une phrase qui résonne comme une vérité structurelle : l’égalité ne se décrète pas, elle s’incarne.
Parmi les défis persistants, les infrastructures de garde d’enfants et les dispositifs de sécurité apparaissent comme les véritables talons d’Achille. Leur insuffisance freine la pleine participation des femmes à la vie économique, rappelant que l’autonomisation repose autant sur des politiques publiques concrètes que sur des principes juridiques.
Consciente des écarts à combler, Sandra Ablamba Johnson a appelé à dépasser toute tentation d’autosatisfaction. Car si les fondations sont solides, l’édifice reste à parachever.
Dans cette optique, le gouvernement annonce une série d’initiatives structurantes pour 2026, notamment à travers le programme SWEDD+ :
création de l’École de la chance pour les jeunes filles déscolarisées,
facilitation de l’accès aux actes de naissance, véritables clés d’existence juridique,
appuis ciblés aux femmes vulnérables dans les secteurs agricole, commercial et de transformation.
Une urgence démographique, un impératif économique
À l’horizon, les enjeux prennent une dimension stratégique. D’ici dix ans, 1,2 milliard de jeunes intégreront le marché du travail en Afrique subsaharienne, dont une moitié de femmes. Dans ce contexte, l’autonomisation économique féminine ne relève plus du souhaitable : elle devient une nécessité.
La Banque mondiale ne s’y trompe pas : investir dans les droits et les capacités des femmes, c’est investir dans la croissance, la stabilité et la prospérité des nations.