Conte : Au cœur des EHPAD, Bessan Koffi,Comédien artiste togolais, fait résonner l’âme des séniors

CULTURE SOCIETE

Dans un monde où le temps fragilise les corps mais magnifie les souvenirs, les Établissements d’Hébergement pour Personnes Âgées Dépendantes (EHPAD) apparaissent comme des havres de dignité, des refuges où la fragilité devient une responsabilité collective. C’est dans cet univers à la fois sensible et essentiel que s’inscrit un projet d’une rare noblesse, porté avec ferveur par le comédien togolais Bessan Koffi, actuellement en tournée en Europe.


Quand l’art épouse le grand âge
Les EHPAD, ces structures médicalisées dédiées aux personnes âgées en perte d’autonomie, ne sont pas de simples lieux de soins : ils sont des territoires de vie, de mémoire et d’émotions. Pourtant, derrière les murs de ces établissements, le silence peut parfois peser plus lourd que les années.
C’est là qu’intervient la magie du conte, cet art ancestral qui traverse les âges sans jamais perdre son souffle.
À travers ce projet, Bessan Koffi fait du récit une passerelle entre hier et aujourd’hui. Par la parole contée, il réveille les souvenirs enfouis, convoque les émotions oubliées et recrée ce lien précieux entre l’individu et son histoire. Chaque histoire racontée devient une clé, chaque mot une caresse déposée sur les mémoires fragilisées.

Le conte comme souffle vital
Dans ses interventions, l’artiste ne se contente pas de divertir : il transmet. Ses contes, nourris de traditions africaines et d’expériences humaines universelles, abordent des thématiques profondément humaines et intemporelles.
La paix, d’abord, comme une quête intérieure autant qu’un idéal collectif. Dans un monde souvent agité, ses récits invitent à la réconciliation avec soi-même et avec les autres.
L’amour, ensuite, décliné sous toutes ses formes : amour de soi, amour des autres, amour de la vie. Un amour qui apaise, qui rassemble et qui redonne sens à l’existence, même dans les instants les plus fragiles.
Enfin, l’estime de soi, fil conducteur essentiel de ses créations. À travers ses personnages et ses histoires, Bessan Koffi rappelle à chaque auditeur — quel que soit son âge — qu’il demeure porteur de valeur, de dignité et de lumière.
Dans ces instants suspendus, le conte devient thérapie, la parole devient présence, et l’écoute devient reconnaissance.


Bessan Koffi, un passeur d’émotions et bâtisseur d’initiatives
Né le 8 avril 1977 à Lomé, Bessan Koffi n’est pas seulement comédien : il est un artisan de l’imaginaire, un sculpteur de récits et un gardien du patrimoine culturel immatériel. Conteur, percussionniste, formateur et promoteur culturel, il déploie une carrière riche, jalonnée d’engagements artistiques et sociaux.
Directeur du Festival d’art dramatique dans la prison, initiative audacieuse qui place l’art au service de la réinsertion et de la dignité humaine, il s’impose comme une figure engagée de la scène culturelle togolaise. À la tête de la structure XO DZO XO – l’antre du patrimoine culturel immatériel, il œuvre sans relâche à la valorisation des traditions orales et des expressions artistiques héritées.
De l’Allemagne à l’Espagne, du Niger au Burkina Faso, en passant par les scènes togolaises, son parcours témoigne d’une présence artistique dense et d’une vision profondément humaniste. Ses créations, telles que « TSE-TULA » ou « PAPA JE VEUX ÊTRE UN ARTISTE », ne sont pas de simples spectacles : ce sont des cris poétiques, des miroirs tendus à la société.
Habitué des ateliers en milieux sensibles — prisons, écoles, centres sociaux —, Bessan Koffi a fait de l’art un levier d’inclusion et de transformation sociale. Son engagement révèle une conviction forte : le conte peut guérir là où le silence enferme.


Une tournée européenne aux accents solidaires
Aujourd’hui en tournée en Europe, l’artiste porte haut les couleurs du Togo, mais surtout les valeurs d’humanité, de transmission et de partage. Son projet autour des EHPAD s’inscrit dans une dynamique interculturelle, où les récits africains rencontrent les mémoires européennes, tissant des ponts entre générations et continents.
À travers des spectacles intimistes, des ateliers participatifs et des moments d’échange, il redonne voix à ces seniors que l’âge tend parfois à faire taire. Chaque intervention devient alors une scène de vie, chaque sourire une ovation silencieuse.


L’art comme ultime refuge
Dans les EHPAD, où le temps semble suspendu, Bessan Koffi réintroduit le mouvement, la parole et la vibration. Il rappelle que vieillir n’est pas disparaître, mais se transformer. Et que le conte, dans sa plus pure essence, demeure un rempart contre l’oubli.
Ce projet, à la croisée du social et du culturel, s’impose comme une ode à la dignité humaine. Une preuve éclatante que, même au crépuscule de la vie, il est encore possible de faire lever le rideau… et d’applaudir l’existence.
Avec Bessan Koffi, le théâtre et le conte ne se racontent pas seulement : ils se vivent, se partagent… et surtout, ils réparent.