
À Glidji-Kpodji, l’association initiatrice du Festival des Divinités Noires a célébré deux décennies d’engagement en faveur du patrimoine spirituel africain, entre fidélité aux traditions ancestrales et ouverture sur le monde. Une commémoration empreinte de solennité, marquée par des hommages aux bâtisseurs et l’annonce de la 11ᵉ édition du festival, prévue en janvier 2027.
Il est des anniversaires qui ne se contentent pas de compter les années, mais racontent la persévérance d’une conviction et la fécondité d’un héritage. Celui célébré le mardi 13 octobre 2026 à Glidji-Kpodji appartient à cette catégorie. Vingt ans jour pour jour après la naissance de l’association ACOFIN, ses membres, ses soutiens et de nombreuses personnalités se sont retrouvés sur cette terre qui a vu éclore leur ambition : faire des spiritualités africaines un patrimoine vivant, assumé et ouvert au dialogue des cultures.
Le 13 octobre 2006 marquait le commencement d’une aventure culturelle dont le Festival des Divinités Noires constitue aujourd’hui l’une des expressions majeures. Deux décennies plus tard, l’heure était à la reconnaissance, à la transmission et à la réaffirmation d’un engagement : celui de préserver les richesses spirituelles ancestrales tout en leur offrant une place digne dans le paysage culturel contemporain.
À Glidji-Kpodji, les sons des tam-tams, les chants traditionnels des Tassinons et les danses des adeptes ont donné à cette célébration une résonance singulière. Prêtres, prêtresses, adeptes des quarante et une divinités Guin, dignitaires traditionnels et invités de marque ont répondu présents à ce rendez-vous où la mémoire des origines s’est conjuguée à l’espérance de nouveaux horizons.
Prenant la parole à l’ouverture de la cérémonie, Me Tètè Wilson-Bahun, président d’ACOFIN et du Festival des Divinités Noires, a replongé l’assistance dans les souvenirs fondateurs de l’association. Évoquant le lancement officiel des activités, organisé vingt ans auparavant sur ce même site, il a souligné le caractère mémorable de cette première étape et la singularité de chaque édition.
Le président s’est notamment souvenu de la participation du Brésil dès l’année suivante, avec le Ballet Folklórico de Bahia et son ambassadeur d’alors, Arnaldo Caiche d’Oliveira. Cette présence avait conféré à l’initiative une dimension internationale, révélant la profondeur des liens historiques et culturels entre les peuples d’Afrique et ceux de sa diaspora. Vingt ans après, les salutations et les félicitations adressées par l’ancien diplomate à l’occasion de cet anniversaire sont venues raviver le souvenir de cette rencontre fondatrice.
Ainsi, au fil des éditions, le festival a nourri une ambition qui dépasse les frontières : faire dialoguer les cultures, rapprocher les mémoires et rappeler que les héritages africains demeurent une source de création, de connaissance et de fraternité.
En célébrant ses vingt ans, ACOFIN a tenu à rendre hommage à l’un de ceux qui ont accompagné ses premiers pas : feu Nana Ohiniko Quam-Dessou XIV, ancien roi des Mina et chef traditionnel d’Aného.
Dans son allocution, Me Tètè Wilson-Bahun a salué l’engagement personnel du défunt souverain, qui avait pris part au lancement officiel de l’association en 2006. Son soutien avait également été déterminant dans la préparation de la première édition du Festival des Divinités Noires, plusieurs réunions ayant été personnellement présidées par lui afin de favoriser la réalisation du projet. Cet hommage a donné à la commémoration une profondeur particulière. Car si le temps emporte les hommes, il n’efface pas nécessairement la trace de leurs engagements. Certaines présences continuent de vivre dans les œuvres qu’elles ont contribué à faire naître.

Présent à la cérémonie, l’actuel roi des Adjigo et Alliés, Nana Anè Ohiniko Quam-Dessou XV, a réaffirmé sa volonté de préserver cet héritage à travers trois engagements : maintenir le palais royal comme un toit pour ACOFIN, veiller à ce que l’œuvre de son prédécesseur ne soit jamais trahie et inscrire l’association dans le circuit des musées et des maisons du tourisme royal envisagés. Ces engagements dessinent une perspective prometteuse pour la reconnaissance du patrimoine traditionnel.
Au-delà des hommages, les interventions ont mis en lumière la nécessité de préserver les traditions africaines et de dépasser les préjugés qui opposent parfois tradition et modernité.
Pour Nana Anè Ohiniko Quam-Dessou XV, le Festival des Divinités Noires ne saurait être réduit à une simple manifestation folklorique. Il constitue « un acte de souveraineté spirituelle », appelant à une meilleure reconnaissance du vodoun et à un dialogue renforcé entre les autorités traditionnelles, notamment les trois trônes évoqués lors de son intervention.

La présence de l’ambassadeur du Brésil au Togo a conféré à cette célébration une dimension particulière. Elle a rappelé que les relations entre les deux pays s’enracinent également dans une histoire culturelle marquée par la transmission des héritages africains au-delà de l’Atlantique.Le diplomate a mis en lumière le patrimoine partagé par les deux nations, notamment les cultures d’origine africaine, les savoirs ancestraux et les traditions spirituelles. Il a souligné que les frontières géographiques n’effacent ni les racines des peuples ni la force des héritages culturels.

Le ministre du Tourisme, de la Culture et des Arts, Isaac Tchiakpé, a également pris part à cette célébration placée sous le signe de la mémoire et de la transmission.Dans son intervention, il a salué la portée patrimoniale de l’événement, qui célèbre à la fois l’identité culturelle togolaise, la transmission des savoirs ancestraux et les liens unissant le Togo au Brésil. Il a également rendu hommage aux acteurs qui contribuent à la vitalité du festival, tout en appelant à renouveler l’engagement collectif en faveur de la préservation du patrimoine.Cette intervention souligne un enjeu majeur : faire en sorte que les richesses culturelles du Togo ne soient pas seulement célébrées lors de manifestations ponctuelles, mais qu’elles bénéficient d’une reconnaissance durable et puissent être transmises aux générations futures.

Le vingtième anniversaire d’ACOFIN n’a pas été qu’une halte dans les souvenirs. Il a également ouvert une nouvelle page de son histoire avec l’annonce de la onzième édition du Festival des Divinités Noires, prévue en janvier 2027, à en croire Me Tètè Wilson-Bahun. Ce prochain rendez-vous s’inscrira dans la continuité d’une initiative qui entend promouvoir les traditions spirituelles africaines, encourager leur transmission et favoriser leur rayonnement au-delà des frontières togolaises.