HAPLUCIA–ENA : enseigner l’intégrité pour combattre la corruption, au-delà des leçons

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L’éducation à la lutte contre la corruption fait son entrée dans les programmes de formation de l’École nationale d’administration (ENA). Portée par la Haute Autorité de prévention et de lutte contre la corruption et les infractions assimilées (HAPLUCIA), cette initiative ambitionne d’inculquer aux futurs cadres de l’administration publique une véritable culture de l’intégrité. Une avancée prometteuse, qui pose toutefois une question fondamentale : peut-on enseigner la probité sans garantir l’effectivité des sanctions contre les pratiques corruptrices ?

Après une phase de prétest menée dans les universités et les centres de formation, l’éducation à la lutte contre la corruption franchit une nouvelle étape au Togo. Elle intègre désormais les offres de formation de l’École nationale d’administration (ENA). Le projet d’intégration, porté par la HAPLUCIA, a été officiellement lancé ce mardi dans les locaux de l’établissement, à Lomé, à travers une leçon inaugurale consacrée à l’introduction des unités d’enseignement sur la lutte contre la corruption et la promotion de l’intégrité.

La cérémonie s’est déroulée en présence du gouverneur du District autonome du Grand Lomé (DAGL), du directeur général de l’ENA, le professeur Adama Kpodar, du président de la HAPLUCIA, Aba Kimelabalo, ainsi que des responsables des cycles 2 et 3, des formateurs et des élèves administrateurs.

« L’intégrité ne s’improvise pas : elle s’apprend, se cultive et se transmet », a déclaré le président de la HAPLUCIA devant l’assistance. Une formule qui résume l’ambition de cette réforme pédagogique : faire de la probité non plus une simple exhortation morale, mais un principe directeur de l’action publique.

Le choix de l’ENA pour cette nouvelle phase du projet ne relève ni du hasard ni d’un simple effet d’annonce. L’établissement forme, en effet, les futurs cadres appelés à concevoir et à mettre en œuvre les politiques publiques, à prendre des décisions stratégiques et, pour nombre d’entre eux, à administrer les ressources de l’État.

« Former ces futurs cadres à l’intégrité constitue un investissement majeur pour l’avenir de notre administration », a souligné Aba Kimelabalo.

L’enjeu dépasse ainsi l’ajout d’une matière supplémentaire aux programmes académiques. Il s’agit, selon l’autorité initiatrice, d’ancrer durablement les valeurs d’honnêteté, de transparence, de responsabilité et de redevabilité dans les pratiques administratives. Autrement dit, former des énarques compétents ne suffit pas : encore faut-il qu’ils soient animés d’une conscience éthique à la hauteur des responsabilités qui leur seront confiées.

Car, si la compétence permet de bien administrer, l’intégrité demeure indispensable pour administrer avec droiture.

Pour le directeur général de l’ENA, le professeur Adama Kpodar, la multiplication des dénonciations sur les réseaux sociaux, parfois accompagnées d’éléments présentés comme des preuves, témoigne de l’ampleur des préoccupations liées à la corruption au Togo. Face à cette réalité, estime-t-il, il importe d’établir un diagnostic rigoureux et d’y apporter une réponse à la hauteur du mal.

S’adressant aux formateurs chargés de dispenser ces enseignements, il a insisté sur la nécessité de dépasser la transmission théorique des connaissances pour agir sur les mentalités et les comportements.

« Une unité d’enseignement sur ce sujet n’est pas un cours comme les autres. Vous devez arriver à agir sur le système, la psychologie et le mental. Vous devez être capables de reformater les esprits », a-t-il recommandé.

L’ambition est donc claire : faire de l’intégrité un réflexe professionnel, et non un discours de circonstance ; transformer les connaissances en convictions, puis les convictions en pratiques quotidiennes. Une démarche qui entend préparer une génération de responsables publics davantage conscients de leurs devoirs envers la collectivité.

Portée par la HAPLUCIA, cette initiative s’inscrit dans la volonté nationale de renforcer la gouvernance, la transparence et la responsabilité dans la gestion des affaires publiques. Elle traduit également la nécessité de préparer des citoyens plus engagés dans la défense de l’intérêt général.

L’intention est louable. Prévenir la corruption par l’éducation, sensibiliser les futurs décideurs et promouvoir une culture de l’intégrité constituent des leviers essentiels pour assainir durablement l’administration. Mais entre la connaissance des règles et leur respect effectif, le chemin peut être long.