Troisième édition du Boom Festival à Kpalimé. Une ville habituellement paisible, mais qui, pour quelques jours, s’est transformée en capitale culturelle battant au rythme des arts. En invité d’honneur : Bamba Bakary. Figure tutélaire de l’humour ivoirien, artisan du verbe juste et sentinelle du cinéma africain. Un homme venu avec le cœur grand ouvert et les mots tranchants, pour dire haut ce que la culture africaine murmure encore trop bas.
Kpalimé a connu des aurores tranquilles, mais celle-ci avait des allures de lever de rideau. Sur les collines boisées et les routes sinueuses de la ville, un éclat s’est invité : celui de bamba Bakary, légende vivante de la scène humoristique ivoirienne, mémoire active de plusieurs décennies de combat culturel.
À l’appel de Folly Kossi Christian, président du Boom Festival et infatigable passionné de culture, il a dit oui. Pas par convenance, mais par conviction.
« Quand Christian m’a appelé, je n’ai pas hésité. C’est un frère de longue date, un compagnon de route depuis nos années Air Afrique. J’ai accepté avec enthousiasme… et je ne regrette rien », confie-t-il, le regard rieur mais le verbe solide.
À Kpalimé, le Boom Festival, dont le nom claque comme un coup de projecteur, en est à sa troisième édition. Une jeunesse encore fragile, certes, mais qui avance avec foi et détermination.
Ce festival se veut une tribune libre pour les arts du spectacle, le cinéma, l’humour, la musique et la créativité africaine. Un pari audacieux dans un pays où la culture peine encore à trouver son tempo.
Bamba sonne l’alarme culturelle : “Si nous ne racontons pas nos histoires, d’autres le feront pour nous”
Au-delà de l’humour, bamba Bakary est un ambassadeur du récit africain. Il déplore une colonisation des imaginaires par les images occidentales, et appelle de ses vœux une renaissance narrative par les Africains eux-mêmes.
« Hollywood raconte notre histoire. Nos enfants grandissent avec des cow-boys dans la tête. Il est temps que nos cinéastes, nos écrivains, nos artistes prennent la plume et la caméra. L’Afrique doit parler d’elle-même, pour elle-même. »
« Nous sommes colonisés par les écrans. Les films américains, les musiques de l’Occident… Et pendant ce temps, nos histoires à nous dorment dans l’oubli. Il est temps de les réveiller. »
Le rire est son arme, mais la vérité est son combat. Selon lui, le cinéma africain ne peut exister sans volonté politique, sans formation, sans soutien structurel. Il cite l’exemple du FESPACO au Burkina Faso, ou encore la dynamique ivoirienne actuelle : « Aujourd’hui, on tourne des dizaines de films par an en Côte d’Ivoire. Le cinéma est devenu un moteur, pas juste une vitrine. »
Folly Kossi Christian : le chef d’orchestre d’un rêve en construction
Si le festival tient debout, c’est aussi grâce à la ténacité d’un homme : Folly Kossi Christian, président du Boom Festival, porteur d’une vision, artisan de l’ombre.
Il rêve d’un événement qui réunit les artistes d’Afrique, qui fait vibrer Kpalimé au rythme des tambours, des caméras, des rires et des mots.
Et en invitant bamba Bakary, il a envoyé un signal fort : celui d’une ambition assumée.
bamba Bakary n’est pas seulement venu à kpalimé pour rire. Il est venu sonner l’alerte, éveiller les consciences, semer la graine d’une révolution culturelle.
Le Boom Festival est cette terre fertile, encore timide mais prête à éclore, pourvu qu’on l’arrose de moyens, de passion et de confiance.
« J’aimerais qu’un jour, on parle du Togo comme on parle du FESPACO, comme on parle du MASA. Et ce jour viendra si le Togo décide que sa culture mérite d’être portée au sommet », conclut-il avec une sincérité désarmante.
Boom. Le nom du festival n’a jamais aussi bien porté son nom. Car avec bamba Bakary en invité d’honneur, c’est toute la culture togolaise qui a vibré. Un écho profond, un appel à ne plus laisser les rideaux tomber sans avoir joué la pièce.