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Le Conseil National des Arts et de la Culture du Togo (CNAC-TOGO) s’impose comme un interlocuteur légitime pour relancer un secteur en quête d’équité, de protection et de reconnaissance. C’est dans une atmosphère empreinte de gravité et d’espoir que le CNAC-TOGO a fait son entrée officielle sur la scène publique. Rassemblant quatorze organisations majeures du secteur culturel togolais, cette instance consultative se veut la voix collective des artistes, auteurs, créateurs et opérateurs culturels du pays. À travers une conférence de presse solennelle, le Conseil n’a pas seulement présenté ses ambitions : il a surtout lancé un appel lucide et responsable aux autorités, pour que la culture cesse d’être marginalisée dans les politiques publiques.

Au nom du CNAC-TOGO, son coordinateur général, Ariel Dassanou, a exprimé avec conviction la nécessité de dépasser les cloisonnements pour faire émerger une action cohérente et durable. Selon lui, la création de ce Conseil est née d’une prise de conscience collective : celle qu’aucun acteur culturel ne peut plus se permettre d’avancer en solitaire dans un contexte aussi fragile. Ce regroupement, fruit d’un dialogue approfondi entre les fédérations, marque un tournant : une volonté partagée de mutualiser les efforts, de parler d’une voix unie, et de porter ensemble les revendications d’un secteur trop longtemps ignoré.

Des obstacles structurels à lever sans plus tarder

Trois défis majeurs, identifiés par le CNAC-TOGO, continuent de freiner la pleine contribution de la culture au développement national.

Le Fonds National de la Promotion Culturelle (FNPC) est l’un de ces défis. Instrument censé soutenir financièrement les initiatives culturelles, le FNPC reste inexploité depuis sa création. Le coordinateur du CNAC-TOGO a souligné que ce fonds, bien que prévu pour relayer l’ancien Fonds d’Aide à la Culture, n’a jamais été rendu opérationnel, faute d’une direction nommée et d’un conseil d’administration installé. Une situation qui, selon lui, laisse les artistes dans un flou déconcertant et prive le secteur d’un outil de structuration essentiel.

La rémunération pour copie privée constitue un autre point d’achoppement. Rappelant l’existence d’une directive régionale de l’UEMOA datant de 2023, M. Dassanou a regretté que le Togo n’ait toujours pas transposé cette disposition dans sa législation nationale, à quelques semaines de l’échéance prévue. Il a souligné que ce mécanisme est une compensation légitime pour les créateurs, qui voient leurs œuvres reproduites sans rétribution. En l’absence de cette loi, les artistes restent exclus d’un droit fondamental inscrit dans les normes communautaires.

Enfin, la réforme de la loi sur les droits d’auteur s’impose comme une nécessité. Adoptée il y a plus de trois décennies, la loi en vigueur est jugée obsolète face aux mutations numériques et aux nouvelles formes de diffusion des œuvres. Une nouvelle version, pourtant soumise au Parlement, attend toujours d’être adoptée. Pour le CNAC-TOGO, le retard dans sa promulgation est préjudiciable à l’ensemble de la chaîne de création, et compromet la protection des œuvres à l’échelle internationale.

Un plaidoyer pour des actes concrets

Face à ces constats, le CNAC-TOGO formule trois requêtes claires et urgentes à l’endroit des autorités politiques.

Activer sans délai le Fonds National de la Promotion Culturelle, en nommant sa direction et en instaurant son conseil d’administration.

Mettre en place les dispositions nécessaires pour que la rémunération pour copie privée soit enfin appliquée au Togo.

Faire adopter et promulguer la nouvelle loi sur les droits d’auteur, plus adaptée aux réalités actuelles.

Ces revendications, portées avec fermeté mais dans un esprit de dialogue constructif, feront l’objet d’une résolution officielle qui sera soumise aux plus hautes instances politiques du pays. Pour M. Dassanou, ce n’est pas seulement une démarche institutionnelle : c’est un acte de foi envers la culture comme pilier du vivre-ensemble, de la mémoire collective et du développement durable.

Le CNAC-TOGO s’engage à incarner une plateforme dynamique, ouverte au dialogue, mais exigeante quant aux droits des créateurs et à la reconnaissance de leur rôle dans la société. À travers cette mobilisation, le Conseil réaffirme que la culture ne doit plus être perçue comme une simple parure nationale, mais bien comme un vecteur de cohésion sociale, de rayonnement international et de croissance économique.

Le message est limpide : il est temps de faire de la culture une priorité politique. Non par charité, mais par lucidité. Car, comme l’a rappelé le coordinateur du CNAC-TOGO , « Une nation qui ne protège pas ses artistes fragilise son âme. Et sans âme, aucun avenir n’est viable. »