Sous le voile épais de la forêt de Glidji Kpodji, le peuple Guin a, ce jeudi 18 septembre 2025, renoué avec une tradition vieille de plus de trois siècles. La 362ᵉ prise de la pierre sacrée n’a pas seulement réuni initiés et fidèles : elle a livré un message, grave et lumineux, qui résonne comme une boussole pour la communauté et, au-delà, pour toute la nation togolaise.
Cette année, le signe fut particulier : une pierre blanche, marquée de taches sombres. Un contraste qui, pour les prêtres, n’a rien d’anodin : il s’agit d’un avertissement, d’un appel à la prudence et d’une invitation au retour vers les valeurs fondamentales qui préservent l’harmonie sociale. Entre clarté et obscurité, la pierre exhorte à la vigilance morale et au retour à l’essentiel, devant des centaines de fidèles recueillis et attentifs à la voix des ancêtres.
Des interdits fermes, des valeurs exaltées
Les recommandations sont sans équivoque. La pierre sacrée invite à bannir les comportements destructeurs : l’infidélité conjugale, les avortements, les sortilèges, la jalousie et l’esprit de division. En contrepartie, elle appelle à cultiver la paix, l’honnêteté, la fraternité et la solidarité, autant de vertus qui, en ces temps de tensions sociales et politiques, apparaissent comme les véritables remparts contre la désunion.
« Ne t’approprie pas ce qui n’est pas tien », a-t-elle averti, rappelant que l’équilibre d’une société repose d’abord sur la justice et le respect d’autrui. Elle a aussi mis en garde contre la convoitise, l’esprit de nuisance et les malédictions, autant de fléaux qui fragilisent le vivre-ensemble.
Pour les gardiens de la tradition, le message est clair : si ces recommandations sont respectées, le Togo sera épargné des tourments et conflits qui ravagent d’autres nations. La pierre rassure que les malheurs observés ailleurs n’assombriront pas le ciel du pays, à condition que la vigilance et la solidarité demeurent les maîtres-mots.
La cérémonie, à la fois mystique et festive, se poursuivra jusqu’au 25 décembre 2025, jalonnée de chants, de danses et de rites initiatiques. Au-delà de la dimension spirituelle, la prise de la pierre sacrée rappelle que la vraie force d’un peuple ne se mesure pas uniquement à ses richesses matérielles, mais à sa capacité à protéger son unité, à transmettre ses valeurs et à écouter la sagesse des ancêtres.
À Glidji Kpodji, la pierre a parlé. Et son message est limpide : l’avenir du Togo dépend de la vigilance de chacun et de la solidarité de tous.