À l’ère où le clic remplace parfois la réflexion, où les selfies deviennent des confessions involontaires, et où la toile tisse autant de liens que de pièges, la vigilance numérique s’impose comme un réflexe vital. Consciente des dégâts parfois irréversibles causés par une utilisation imprudente des réseaux sociaux, l’Instance de Protection des Données à Caractère Personnel (IPDCP) a tenu, ce vendredi 31 octobre 2025, au Palais des Congrès de Lomé, une vaste rencontre de sensibilisation à l’endroit des jeunes.
Objectif : renforcer la culture de la protection de la vie privée et cultiver l’hygiène numérique chez les internautes de demain.
« Aujourd’hui, nous avons un défi majeur à relever : celui de la protection de notre vie privée, de nos libertés et de nos droits », a martelé le Lieutenant-colonel Bédiani Béléi, président de l’IPDCP, dans une adresse empreinte de gravité.
Selon lui, chaque clic laisse une trace, chaque publication devient un fragment d’identité numérique qu’il n’est plus possible d’effacer :
« Nous écrivons en ligne notre histoire, nous exposons nos vies privées, parfois sans mesurer les conséquences. Ce que vous publiez pour vous amuser aujourd’hui peut, demain, détruire votre vie ou votre carrière. »
Un avertissement clair, à l’heure où le numérique, outil d’ouverture, peut aussi devenir instrument de vulnérabilité.
Deux communications pour aiguiser la conscience numérique
Devant un public de plus de deux mille jeunes, composé d’étudiants, d’élèves, d’entrepreneurs, d’influenceurs et de membres d’associations de jeunesse, deux communications riches ont jalonné cette journée.
La première, présentée par Malik Géraldo, directeur de la formation à l’Agence nationale de la cybersécurité (ANCy), portait sur le thème :
« Protéger ses informations et ses données personnelles : les bons réflexes. »
La seconde, animée par Mensah Yao Odaye, informaticien à l’IPDCP, invitait à une réflexion critique sur les réseaux sociaux à travers le thème :
« Les réseaux sociaux : amis ou pièges ? »
Entre sextorsion, arnaques en ligne, vols de données et publicités ciblées, les intervenants ont levé le voile sur les coulisses parfois obscures du numérique, tout en partageant des gestes simples pour sécuriser sa vie en ligne.
« Nos informations personnelles sont une mine d’or », a rappelé Malik Géraldo, citant les noms, prénoms, numéros de téléphone, données bancaires ou médicales comme autant de trésors convoités par des plateformes avides et des cybercriminels en embuscade.
« Ces données sont récoltées, revendues, exploitées à des fins publicitaires ou malveillantes. Il est donc essentiel de les protéger comme on protège un bien précieux », a-t-il insisté.
Pour allier le message à la détente, plusieurs artistes et humoristes se sont succédé sur scène.
Mister Kouronès et Athiass Lamouziki ont apporté une touche rythmée à la sensibilisation, tandis que les webhumoristes Ibrahim, Tovia, Jojo et Nora ont mis en scène, avec humour et réalisme, les dérives de la sextorsion et les excès du partage en ligne.
Même le club UNESCO, présent pour l’occasion, a mêlé art et pédagogie pour inviter la jeunesse à « réfléchir avant de publier ».
Cette journée n’est que le point de départ d’une vaste campagne nationale qui s’étendra jusqu’à fin 2026. L’IPDCP prévoit de multiplier les actions de terrain dans les écoles, universités et structures de jeunesse, pour faire de la protection des données un réflexe citoyen.
Créée par la loi n°2019-014 du 24 octobre 2019 et opérationnelle depuis octobre 2024, l’Instance de Protection des Données à Caractère Personnel est le bras armé de l’État en matière de vie privée numérique. Sa mission : veiller à la conformité des traitements de données, protéger les libertés individuelles et éduquer les citoyens à l’ère du tout-connecté.
À l’heure où l’on partage plus volontiers ses émotions que ses précautions, la prudence devient la première barrière de sécurité.
Cette initiative de l’IPDCP sonne comme un rappel salutaire :« Sur Internet, ce que vous semez en légèreté peut se récolter en gravité. ».Protéger sa vie privée, c’est désormais protéger sa vie tout court.