Aux frontières du virtuel : l’IPDCP arme les médias contre les dérives du numérique »

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À Tsévié, l’Instance de Protection des Données à Caractère Personnel (IPDCP) a convié, le 4 décembre 2025, les professionnels des médias du Grand-Lomé à un atelier d’information d’une rare densité. Une rencontre décisive à l’heure où les données personnelles, véritables fragments intimes de nos existences, se retrouvent exposées dans un environnement numérique mouvant, souvent insaisissable, toujours exigeant.

Créée par la loi n°2019-014 du 29 octobre 2019, l’IPDCP se veut le vigile institutionnel des libertés individuelles et le gardien vigilant de la vie privée des citoyens. Elle veille à ce que chaque donnée collectée, traitée ou diffusée respecte scrupuleusement la lettre et l’esprit de la législation. Dans un monde où les traces numériques dessinent parfois plus fidèlement que l’encre les contours de nos identités, son rôle se révèle fondamental, presque vital.

Mais ce combat silencieux ne saurait prospérer sans les médias, ces phares de la cité dont l’éclairage permet de démêler les zones d’ombre et d’accompagner les populations vers un usage responsable du numérique. C’est précisément pour renforcer ce partenariat stratégique que l’atelier de Tsévié a été organisé, une immersion juridique, réflexive et éthique destinée à armer les journalistes de savoirs, de réflexes et de bonnes pratiques. L’événement s’est articulé autour de communications majeures portant à la fois sur le cadre juridique national de la protection des données et sur les comportements essentiels à adopter pour naviguer prudemment sur Internet, cet espace où l’imprudence peut coûter cher et où un clic malheureux suffit parfois à faire vaciller une vie.

En ouvrant les travaux, le lieutenant-colonel Bédiani Belei, président de l’IPDCP, a campé le décor d’un discours où lucidité et détermination se côtoyaient avec élégance. Il a rappelé que cette initiative s’inspire de la vision du Président du Conseil, Faure Essozimna Gnassingbé, qui porte haut l’ambition d’un Togo résolument engagé dans l’innovation, la maîtrise du numérique et la défense inconditionnelle des droits fondamentaux. Par une rhétorique précise, le président de l’IPDCP a redéfini le rôle trois fois essentiel des médias : celui de l’éducateur, qui vulgarise les concepts et éclaire les risques ; celui de la vigie, qui enquête, observe et décèle les dérives ; celui enfin du modèle, qui incarne dans sa propre pratique les normes de protection qu’il promeut. Floutage rigoureux des mineurs, anonymisation des témoignages sensibles, consentement éclairé, sécurisation des données collectées : autant de réflexes professionnels qui deviennent, dans l’ère numérique, des exigences éthiques incontournables.

Représentant la Haute Autorité de l’Audiovisuel et de la Communication, Olivier Yao Abarim a rappelé que la protection des données n’est ni un luxe administratif ni un caprice technologique, mais une nécessité démocratique. Selon lui, cet atelier renforce les efforts constants de la HAAC pour réduire les atteintes à la vie privée et les attaques personnelles qui, trop souvent, brouillent les frontières entre information légitime et intrusion maladroite. Il a salué la volonté du gouvernement, à travers la création de l’IPDCP, de faire du respect de la vie privée une priorité nationale. Il en a profité pour exprimer sa reconnaissance envers le Président du Conseil, dont l’engagement pour la paix et la cohésion nationale constitue l’un des socles de la stabilité du pays. Il a encouragé les participants à s’approprier les enseignements dispensés, rappelant que se former, c’est déjà protéger, et que la maîtrise du numérique exige une vigilance de tous les instants.

L’IPDCP demeure une autorité indépendante dont la mission, délicate et non négociable, consiste à garantir la conformité des traitements de données à la loi, à protéger les libertés fondamentales, à sensibiliser les citoyens et à accompagner la société dans la construction d’une culture de prudence numérique. À Tsévié, un message s’est imposé avec évidence : la protection des données ne relève pas uniquement de la technique, elle s’apparente à un acte citoyen, un engagement moral, une exigence de civilisation. Dans ce vaste chantier visant à bâtir une nation numérique responsable, les médias ne sont pas de simples narrateurs ; ils sont les architectes de la confiance, les éclaireurs des zones grises, les protecteurs des invisibles.

Le Togo, à travers l’IPDCP, trace ainsi les contours d’un avenir où le numérique se conjugue avec responsabilité, où l’information épouse l’éthique et où chaque donnée compte, parce qu’au-delà de la donnée, il y a toujours une vie.