Et si la lutte contre la corruption cessait d’être un simple slogan pour devenir un véritable contrat moral entre l’État et les forces économiques ? C’est le pari engagé ce jeudi à Lomé, où le Secrétariat Exécutif du Comité de Concertation entre l’État et le Secteur Privé (SECCESP), en partenariat avec la Haute Autorité de Prévention et de Lutte contre la Corruption et les Infractions Assimilées (HAPLUCIA), a orchestré un atelier de dialogue public-privé placé sous le sceau de la transparence et de la responsabilité partagée.
Réunissant autour de la même table des représentants des institutions publiques impliquées dans la lutte contre la corruption et les acteurs majeurs du secteur privé – notamment le Conseil National du Patronat (CNP), l’Association des Grandes Entreprises du Togo (AGET), les chambres consulaires ainsi que des entreprises nationales et multinationales – la rencontre a sonné comme un appel à l’union sacrée contre un mal qui gangrène l’économie et fragilise la gouvernance.
L’objectif affiché était clair : resserrer les rangs entre l’État, le secteur privé et les autres parties prenantes, afin de mieux cerner les risques et mesurer l’impact réel de la corruption sur la gouvernance publique et l’économie nationale. D’où le thème évocateur retenu pour ce dialogue inclusif :
« Secteurs public et privé, ensemble pour relever le défi de la lutte contre la corruption au Togo », une invite à transformer la concertation en action et les intentions en résultats.
Présidant la cérémonie d’ouverture, le ministre de l’Économie et des Finances, Georges Barcola, était entouré de personnalités de premier plan, parmi lesquelles le président de la HAPLUCIA, ABA Kimelabalo, le secrétaire exécutif du CCESP, Baniab Moyeme, le directeur général de l’ARCOP, Aftar Morou Touré, ainsi que les présidents du CNP, Laurent Tamegnon, et de l’AGET, Jonas Daou.
Dans son allocution inaugurale, le ministre Barcola a rappelé avec force que la lutte contre la corruption figure au rang des priorités du gouvernement togolais, engagé depuis plusieurs années dans des réformes structurelles axées sur la transparence, la bonne gouvernance et l’intégrité, tant dans la gestion publique que dans les pratiques privées.
« La corruption n’est pas seulement un fléau moral ; elle est un frein majeur à la bonne gouvernance, à la justice sociale et, in fine, au développement économique. La combattre est une responsabilité collective. Acteurs publics comme privés doivent s’y engager pleinement pour bâtir une gouvernance plus éthique, plus transparente et plus responsable », a-t-il martelé, appelant à une collaboration étroite entre les deux secteurs pour édifier un Togo plus juste et plus prospère.
Prenant la parole à son tour, le président de la HAPLUCIA, ABA Kimelabalo, a dressé un état des lieux sans complaisance du phénomène de la corruption au Togo, tout en mettant en lumière les dispositifs institutionnels existants et les avancées notables enregistrées, notamment la constitutionnalisation de la HAPLUCIA, gage d’un ancrage durable de la lutte contre ce fléau dans l’architecture institutionnelle nationale.
Les échanges, enrichis par deux panels interactifs, ont donné la parole tant aux administrations publiques qu’aux représentants du secteur privé. Bonnes pratiques, initiatives innovantes et outils de gouvernance éthique ont été passés au crible, avec un accent particulier sur la lutte contre la grande comme la petite corruption. Une pédagogie de l’intégrité, en somme, pour faire de l’éthique un réflexe et non une exception.
Au terme de cette journée de réflexion et de concertation, les participants ont acquis une meilleure compréhension des conséquences économiques et sociales de la corruption, tout en jetant les bases d’une collaboration renforcée entre secteurs public et privé. Surtout, l’atelier a permis de poser les jalons d’un cadre permanent de concertation autour des questions d’intégrité et de transparence.
Point d’orgue de la rencontre : l’adoption de recommandations pratiques et contextualisées, destinées à être intégrées dans la feuille de route conjointe de la HAPLUCIA et du SECCESP. Les deux institutions se sont engagées à en assurer le suivi, en étroite collaboration avec les organisations professionnelles du secteur privé. Un rapport de suivi viendra, à terme, mesurer le degré de mise en œuvre des engagements pris.
Ainsi, à Lomé, l’éthique a pris rendez-vous avec l’économie. Et dans ce combat de longue haleine contre la corruption, l’État et le secteur privé ont choisi de marcher d’un même pas, convaincus qu’ensemble, la transparence peut devenir un véritable levier de développement.