SLSC 2025 : Quand la chaîne révèle ses métiers : la jeunesse face aux opportunités invisibles de la logistique moderne

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La logistique ne se limite pas aux conteneurs que l’on voit passer, ni aux ports que l’on admire de loin. Elle est une mécanique discrète mais déterminante, un univers vaste dont les rouages conditionnent l’essentiel des échanges mondiaux. C’est précisément cette réalité, souvent ignorée, que la journée académique de la Semaine de la Logistique et de la Supply Chain (SLSC) a cherché à mettre en lumière, lors de sa première journée. La SLSC couvre du 17 au 19 Décembre 2025 à Lomé.

Parmi les temps forts de cette journée dédiée à la jeunesse et au monde universitaire figurait le panel sur les métiers et compétences d’avenir dans la logistique et la supply chain moderne. Un espace de réflexion et de transmission qui a réuni étudiants, enseignants, professionnels et experts du secteur, autour d’un enjeu central : former aujourd’hui les talents capables de porter la logistique de demain.

Au terme de ce panel, nous avons échangé avec M. Philippe Bocco, président du directoire de l’Association de Gestion des Ports de l’Afrique de l’Ouest et du Centre (AGPAOC), fin observateur des mutations du secteur et acteur engagé dans la digitalisation des activités portuaires.

Pour lui, la logistique demeure paradoxalement l’un des secteurs les plus stratégiques et les plus méconnus. « Entre 90 et 95 % des flux mondiaux transitent par la chaîne logistique », rappelle-t-il, soulignant que cette réalité devrait, à elle seule, susciter davantage de vocations. Si presque tout circule par la logistique, alors presque tout y est possible.

Face à une salle largement composée de jeunes, M. Bocco pose une équation simple mais percutante : là où passent les flux, se nichent les opportunités. Emplois salariés, activités indépendantes, services spécialisés, innovations numériques… La chaîne logistique concentre une richesse de débouchés encore trop souvent invisibles.

Le vrai défi : non pas l’emploi, mais la connaissance des métiers

Selon le président de l’AGPAOC, le débat sur le chômage des jeunes mérite d’être reformulé. Le problème n’est pas tant l’absence d’emplois que la méconnaissance des métiers existants. Entre les entreprises qui cherchent des compétences et les jeunes qui cherchent un emploi, le lien peine à se faire, faute d’information et d’orientation.

La chaîne logistique regroupe à elle seule plus de 41 métiers distincts, depuis le navire jusqu’à la livraison finale de la marchandise. Peu de secteurs offrent une telle diversité de fonctions, de spécialités et de niveaux d’intervention. Pourtant, ces métiers restent largement ignorés des parcours d’orientation classiques.

Comment, dès lors, choisir une formation pertinente si l’on ne connaît pas les métiers auxquels elle conduit ? Comment bâtir un projet professionnel solide sans visibilité sur les besoins réels du marché ? Trop souvent, constate M. Bocco, des diplômés découvrent tardivement qu’ils ne disposent pas des compétences attendues, ou qu’ils ne peuvent même pas accéder à un stage.

Du port au digital : des métiers insoupçonnés

La logistique moderne ne se limite plus aux quais et aux entrepôts. Elle s’étend désormais aux plateformes digitales, aux systèmes d’information, à la régulation maritime, à la sécurité, au gardiennage des navires, à la gestion des flux de données. Autant de métiers auxquels peu de jeunes pensent spontanément, mais qui sont pourtant essentiels au fonctionnement du secteur.

« Il existe un besoin réel de compétences », insiste M. Bocco. Que ce soit à bord des navires, dans les administrations maritimes, dans la gestion portuaire ou dans les services numériques, la chaîne logistique offre une pluralité de créneaux où chacun peut trouver sa place, à condition d’être bien informé.

Pour transformer ce potentiel en opportunités concrètes, le travail à mener est clair : informer, sensibiliser et former de manière ciblée. Les établissements de formation ont un rôle clé à jouer en identifiant précisément les métiers pour lesquels ils préparent les étudiants, afin de garantir une meilleure adéquation entre formation et emploi.

La Semaine de la Logistique et de la Supply Chain s’inscrit pleinement dans cette dynamique. En ouvrant le dialogue entre professionnels, institutions et jeunes, elle contribue à lever le voile sur un secteur stratégique, à révéler ses métiers et à susciter des vocations.

Si tout n’est pas encore parfaitement en place, l’essentiel est engagé. La dynamique est enclenchée, les échanges se multiplient, l’information circule davantage. Et comme le résume M. Philippe Bocco avec optimisme : la logistique est une chaîne où il y a de la place pour tous, à condition d’en connaître les maillons.

Dans ce vaste réseau de flux et de métiers, la jeunesse togolaise est appelée à ne plus rester spectatrice, mais à devenir actrice. Car derrière chaque conteneur, chaque navire, chaque donnée échangée, se cache peut-être un avenir professionnel à construire.