À l’approche de Noël, lorsque les villes occidentales s’illuminent jusqu’à l’ivresse et que les vitrines rivalisent d’éclats pour conjurer l’hiver, certaines lumières ne célèbrent pas seulement la fête. Elles annoncent parfois un basculement. C’est dans cet entre-deux — fragile frontière entre l’éclat et l’ombre qu’Abira Bonfoh choisit d’ouvrir son récit, avec une élégance retenue et une tension savamment dosée.
Nous sommes le 21 décembre. La ville scintille comme une promesse universelle de joie. La neige, presque cérémonielle, tombe en silence. Les marchés bruissent d’accents mêlés, les guirlandes chantent Noël, et l’abondance semble avoir trouvé résidence dans chaque rue. Tout paraît paisible. Tout semble maîtrisé. Et pourtant, sous cette chorégraphie lumineuse, un compte à rebours ancien vient de s’enclencher, discret mais irréversible.
Au cœur de cette effervescence, Aïssa avance à pas mesurés. Femme du monde, installée en Europe depuis de longues années, polyglotte, familière des voyages et des environnements internationaux, elle croit connaître cette période de l’année. Mais chez elle, Noël n’est jamais tout à fait une célébration. C’est un seuil. Une ligne invisible entre ce qui fut et ce qui persiste malgré l’oubli. Chaque fin d’année rouvre une fissure intime, soigneusement dissimulée sous les rites de la modernité.
Le basculement survient sans fracas, fidèle à l’écriture d’Abira Bonfoh, qui privilégie le frémissement à l’explosion. Une vibration sèche. Un message anonyme. Quelques mots seulement, mais d’une densité presque sacrée. Une invitation à regarder là où Aïssa avait juré de ne plus jamais poser les yeux.
La boîte en bois.
Un nom qui ne désigne pas un objet, mais un passage. Une mémoire scellée. Un secret transmis hors du temps.
Pendant que l’Europe s’illumine, l’Afrique, elle aussi, se prépare à Noël sous d’autres latitudes. Dans une ville côtière où modernité et traditions dialoguent sans s’annuler, Mère Yacine referme un dossier ancien. Femme de savoir, de rigueur et d’influence, elle reconnaît l’instant précis où l’attente cesse d’être prudence pour devenir décision. Sur sa table repose la même boîte en bois, immuable, orientée avec une précision presque rituelle.
Sculptée d’une étoile à huit branches , symbole discret, mais chargé d’un héritage transmis à voix basse — la boîte ne guide pas les pas : elle oriente les destinées. Lorsque Mère Yacine pose la main sur le bois, le geste vaut déclaration. Le cycle est arrivé à son terme. Un autre doit commencer.
De retour chez elle, Aïssa s’isole du tumulte extérieur. Le silence s’installe, dense, presque habité. Dans le placard, la boîte l’attend. Intacte. Lourde du poids des années et des vérités différées.
À l’intérieur, trois éléments composent un triptyque troublant : un carnet aux pages jaunies, porteur d’une parole mesurée ; une photographie ancienne, volontairement mutilée pour retarder la reconnaissance ; et une enveloppe scellée, marquée d’une injonction sans équivoque :« À ouvrir pendant les douze nuits de Noël. »
Douze nuits. Douze passages. Entre le solstice d’hiver et le seuil de la nouvelle année, ce temps suspendu où les promesses peuvent être honorées ou trahies. Là où le passé réclame des comptes et où l’avenir attend d’être nommé.
Abira Bonfoh fait de ce calendrier sacré un espace narratif, où chaque nuit promet d’éclairer autant qu’elle menace de brûler.
Lorsque les cloches résonnent au loin, Aïssa comprend que cette fin d’année ne sera ni douce ni anodine. Elle ne sera pas une parenthèse, mais une traversée. Quelque chose a été réveillé. Une mécanique ancienne s’est remise en mouvement, reliant deux continents, deux femmes et une vérité qui refuse désormais le silence.
Avec cet épisode inaugural, Abira Bonfoh installe une tension élégante et profonde, où Noël cesse d’être décor pour devenir révélateur.
Un commencement sans éclat tapageur, mais chargé d’une gravité maîtrisée. Ici, la lumière ne rassure pas : elle dévoile. Et l’ombre ne menace pas : elle se souvient
Les épisodes sont exclusivement diffusées sur la chaine WhatsApp de Abira bonfoh.