Lomé, carrefour des espérances sanitaires, accueille depuis ce lundi 23 mars 2026 une rencontre d’envergure continentale où science, conscience et exigence s’entrelacent. À l’initiative de la Société Africaine de Gynécologie et d’Obstétrique (SAGO), avec l’appui du Bureau de l’Organisation mondiale de la Santé au Togo, un atelier stratégique s’ouvre autour de la révision du Guide du Prestataire sur les Soins Obstétricaux et Néonataux d’Urgence (SONU). En ligne de mire : affiner les protocoles, harmoniser les pratiques et, surtout, faire reculer le spectre tenace de la mortalité maternelle et néonatale.
Durant cinq jours, Lomé devient ainsi le laboratoire d’une refondation méthodique des soins d’urgence mère-enfant. Autour de la table, une constellation d’expertises : gynécologues-obstétriciens, sages-femmes, néonatologistes, anesthésistes et spécialistes de santé publique, venus de seize pays membres, croisent leurs regards et conjuguent leurs savoirs. À leurs côtés, représentants étatiques, agences onusiennes, institutions académiques et praticiens de terrain tissent les fils d’une réponse collective à un défi commun .
Derrière les statistiques, des tragédies silencieuses. En Afrique subsaharienne, chaque année, près de 178 000 femmes meurent en donnant la vie, tandis que plus d’un million de nouveau-nés n’ont pas le temps d’apprendre à respirer le monde. Des décès, pour l’essentiel, évitables—et donc inacceptables.
Le Togo, à l’instar de nombreux pays de la région, demeure confronté à cette équation douloureuse. Le ratio de mortalité maternelle oscille entre 362 et 366 décès pour 100 000 naissances vivantes, bien au-delà des ambitions des Objectifs de développement durable. Certes, des progrès sont perceptibles—la létalité maternelle en milieu sanitaire a reculé de 1,18 % en 2022 à 0,85 % en 2023—mais l’effort reste à soutenir, à structurer, à amplifier.
La couverture des consultations prénatales complètes demeure perfectible, plafonnant à 52,5 %, tandis que les accouchements assistés par du personnel qualifié atteignent 75,1 %. Mais derrière ces avancées se nichent encore des fragilités : pénurie de sang, défaillances dans la chaîne de référence, insuffisance de personnel formé aux SONU, ruptures d’intrants vitaux. Autant de maillons faibles dans une chaîne où chaque faille peut coûter une vie.
Comme l’a souligné avec gravité le Dr Koudéma Winiga, représentant le Bureau OMS-Togo :
« Ces chiffres ne sont pas de simples données : ils sont des vies fauchées, des familles brisées, des communautés fragilisées. Chaque décès évitable est un échec collectif. »
Face à cette urgence, la révision du guide SONU s’impose comme une nécessité impérieuse. L’édition de 2018, désormais en décalage avec les avancées scientifiques, appelle une mise à jour à la hauteur des enjeux contemporains. Il s’agit de réécrire, en quelque sorte, le mode d’emploi de la survie.
Les travaux visent ainsi à intégrer les dernières recommandations de l’OMS, à actualiser les pratiques en matière de soins prénatals, intrapartum et post-partum, et à renforcer la prise en charge des complications majeures, notamment l’hémorragie post-partum. Les nouvelles fonctions signal des SONU, véritables balises de l’efficacité clinique, seront également redéfinies.
Pour le Dr Khaled Neji, président de la SAGO, l’ambition est limpide :
« Faire en sorte qu’une femme, qu’elle accouche à Dakar, Bamako, Brazzaville ou Tunis, bénéficie des mêmes standards de soins. »
Une vision d’équité sanitaire où la géographie ne dicte plus la survie.
Parmi les innovations attendues, l’introduction de nouvelles molécules et de gestes validés pour juguler l’hémorragie du post-partum témoigne d’une volonté de démocratiser les avancées médicales et de les rendre accessibles à tous les systèmes de santé membres.
Une mobilisation à la hauteur de l’enjeu
Au nom des autorités togolaises, le Dr Zigan a réaffirmé l’engagement de l’État à soutenir cette dynamique structurante. Il a insisté sur le rôle déterminant des SONU dans la réduction des décès liés aux hémorragies, à la prééclampsie et aux infections—trois fléaux majeurs de la mortalité maternelle.
La révision du guide, a-t-il souligné, permettra de doter les agents de santé d’outils normés, éprouvés et alignés sur les standards internationaux, renforçant ainsi la qualité et la cohérence des soins.
Dans cette symphonie d’actions, les partenaires techniques et financiers—OMS, UNFPA, UNICEF, OOAS—jouent une partition essentielle, accompagnant les États dans l’orchestration d’un système de santé plus résilient et plus humain.
À l’issue de cet atelier de Lomé, la version révisée du guide sera soumise à validation en avril prochain à Abidjan, avant son impression et sa diffusion à grande échelle. Mais au-delà du document, c’est une dynamique durable qui se met en marche : celle d’un suivi rigoureux, nourri par des retours d’expérience et des indicateurs d’impact.
Ainsi, de la révision des mots à la sauvegarde des vies, la SAGO et ses partenaires tracent une voie où chaque accouchement devrait cesser d’être un risque pour redevenir une promesse. Car donner la vie ne devrait jamais coûter la sienne.