Pharmaciens du Togo et MSF : les contours d’une rencontre aux enjeux mondiaux

SANTE SOCIETE

Ce lundi 4 mai 2026, l’auditorium du ministère de la Santé à Lomé s’est mué en carrefour d’idées et en creuset d’engagements. À la faveur d’une rencontre entre l’Ordre National des Pharmaciens du Togo (ONPT) et une délégation de Médecins Sans Frontières (MSF), venue de Dakar, c’est tout un horizon professionnel qui s’est dessiné — entre science du médicament et conscience du monde.

Dans une allocution empreinte de hauteur et de clairvoyance, le président de l’ONPT, Dr Yawo Tufa Nyasenu, a posé les bases d’une réflexion profonde : et si le pharmacien togolais cessait d’être uniquement le gardien du comptoir pour devenir acteur du terrain, là où la vie vacille et où le médicament devient salut ?
À ses yeux, cette rencontre n’est pas une simple audience, mais une véritable “ordonnance d’ouverture” , une invitation à dépasser les frontières géographiques comme les limites mentales. Dans un monde secoué par les crises sanitaires, les conflits et les pandémies, le pharmacien ne saurait se contenter d’un rôle sédentaire : il est appelé à circuler, à intervenir, à soigner là où l’urgence l’exige.
Dans le contexte togolais, marqué par l’ambition d’une Assurance Maladie Universelle, le président de l’Ordre a souligné avec finesse que l’humanitaire n’est pas une alternative, mais un adjuvant précieux — un complément thérapeutique au service de la santé publique. Le pharmacien, a-t-il insisté, n’est pas qu’un dispensateur de molécules : il est un stratège du soin, un vigile de la chaîne sanitaire, y compris dans les situations extrêmes.
Mais derrière ce plaidoyer, un constat, presque un diagnostic : les pharmaciens togolais brillent par leur compétence, mais restent encore en retrait sur la scène internationale. D’où cet appel, lancé comme une prescription collective : s’engager, candidater, rayonner.


En réponse, la délégation de MSF, conduite par Mme Myriame Sophie Mikilan, a apporté un éclairage aussi lucide qu’encourageant. Forte de plus d’un demi-siècle d’existence et d’une présence sur tous les fronts de l’urgence humanitaire, l’organisation déploie chaque jour des milliers de professionnels au chevet des crises du monde.
Pourtant, dans cette vaste “pharmacie de l’humanité”, certains territoires demeurent sous-représentés. Le Togo, malgré la richesse de ses compétences, n’y occupe pas encore toute la place qu’il mérite. C’est pour corriger cette “inégalité de dosage” que MSF a entrepris cette mission de proximité.

Mme Mikilan l’a rappelé avec insistance : il ne s’agit pas d’un manque de talent, mais d’un déficit de visibilité et d’information. D’où la volonté de “mettre en lumière les potentiels” et d’ouvrir les portes d’un engagement international aux professionnels togolais.
Médecins, pharmaciens, spécialistes de la santé mentale, logisticiens ou administrateurs : tous sont appelés à rejoindre cette chaîne de solidarité mondiale, où chaque compétence devient un maillon vital. Car chez MSF, le savoir-faire se conjugue toujours avec le savoir-être, et la technicité avec l’humanité.

De cet échange fécond émerge une évidence : l’ONPT et MSF parlent désormais le même langage , celui de l’excellence, de l’ouverture et de l’impact. L’un ambitionne de hisser la pharmacie togolaise au rang qu’elle mérite ; l’autre œuvre à diversifier ses équipes pour mieux répondre aux défis globaux.
Les expériences menées dans la sous-région, notamment au Bénin, laissent entrevoir des lendemains prometteurs. Mais au-delà des statistiques espérées, c’est une véritable mutation des mentalités qui est en jeu : passer d’une pratique locale à une vocation universelle.

En filigrane de cette rencontre se dessine un appel, presque une exhortation : celui d’un engagement qui dépasse les murs de l’officine pour embrasser les réalités du monde. Car au fond, la plus belle des délivrances n’est peut-être pas celle d’un médicament, mais celle d’un engagement.