DIABÈTE ET HYPERTENSION AU TOGO : BRISER LE SILENCE DES MALADIES, FAIRE DE LA PRÉVENTION UN RÉFLEXE DE VIE

SANTE SOCIETE

Longtemps considérés comme des maux liés à l’âge ou à certains modes de vie, le diabète et l’hypertension artérielle touchent aujourd’hui un nombre croissant de personnes, bouleversant des existences et mettant les systèmes de santé à l’épreuve. Au Togo, la progression du diabète, la discrétion des symptômes de l’hypertension et les retards de dépistage soulignent l’urgence d’une mobilisation collective. Derrière les statistiques, des vies racontent les conséquences de ces maladies, mais aussi la possibilité d’agir à temps.

Derrière les chiffres et les diagnostics se cachent des histoires humaines, des inquiétudes, des renoncements, mais aussi des prises de conscience. Le diabète et l’hypertension artérielle ne se résument pas à des valeurs inscrites sur un résultat de laboratoire ou à des prescriptions médicales. Ce sont des maladies chroniques qui imposent des changements profonds dans les habitudes, les relations familiales, l’organisation du quotidien et parfois même les perspectives d’avenir. Leur particularité tient notamment à leur évolution souvent silencieuse : elles peuvent progresser pendant des années sans provoquer de manifestations suffisamment évidentes pour alerter les personnes concernées.

Au Togo, ces deux affections constituent un défi grandissant de santé publique. Leur progression appelle une réponse qui ne se limite pas aux structures sanitaires. Elle suppose une meilleure connaissance des facteurs de risque, un accès plus large au dépistage, un accompagnement médical régulier et, surtout, une transformation des comportements individuels et collectifs.

Quand le diagnostic bouleverse le quotidien

À 52 ans, Ama vit depuis sept ans avec le diabète de type 2 et l’hypertension. L’annonce du diagnostic a d’abord été vécue comme un choc. La peur des complications, les contraintes du traitement, la surveillance de la glycémie et les changements alimentaires ont profondément modifié son quotidien. « Au début, on a l’impression que le sol se dérobe sous nos pieds. Puis, on apprend à danser avec la tempête », confie-t-elle.

[30/10 10:51 PM] varmelo: Au fil des années, Ama a appris à composer avec ses maladies sans leur laisser définir toute son existence. Avec le soutien de sa famille et l’accompagnement de son médecin, elle a progressivement revu son alimentation, privilégié les produits frais et locaux, réduit le sel et les sucres ajoutés et intégré la marche à sa routine matinale. Une phrase de sa fille a particulièrement contribué à changer son regard : « Maman, on a besoin de toi en bonne santé, pas parfaite. »

 Derrière ce témoignage se dessine une dimension souvent négligée de la prise en charge des maladies chroniques : l’accompagnement humain. Le diagnostic ne marque pas la fin d’une vie normale, mais le début d’un apprentissage exigeant. Il faut comprendre la maladie, accepter les soins, respecter les rendez-vous médicaux et trouver un nouvel équilibre. Le soutien des proches, l’écoute des soignants et l’accès à une information fiable peuvent alors faire une réelle différence.

« Quand le laboratoire m’a remis les résultats, j’ai eu l’impression qu’on m’envoyait une convocation pour un avenir que je n’avais pas choisi. Mais j’ai vite compris que le savoir, c’est le pouvoir de réagir », raconte-t-il.

Sans qu’un diabète soit formellement établi à ce stade, cette alerte a provoqué une véritable prise de conscience. Koffi a réduit sa consommation de boissons sucrées et de sel, commencé à marcher en soirée et entrepris un suivi médical. Son expérience rappelle qu’un résultat anormal ou limite ne doit ni être dramatisé ni banalisé. Il doit conduire à une évaluation appropriée et, si nécessaire, à une prise en charge précoce.

Le dépistage est précisément l’un des moyens les plus efficaces de rompre avec cette logique d’attente. Il permet d’identifier des facteurs de risque ou une maladie à un stade où les mesures de prévention et les soins peuvent encore prévenir ou retarder des complications graves. Attendre l’apparition de symptômes pour consulter constitue donc une stratégie risquée.

[30/10 10:55 PM] varmelo: L’hypertension, une menace qui avance sans bruit

À 48 ans, Abdel a découvert la gravité de l’hypertension à la suite d’un épisode qui l’a conduit en urgence à l’hôpital. Avant cet incident, il avait tendance à banaliser sa fatigue et certains maux de tête passagers. Il ne soupçonnait pas que sa tension artérielle pouvait représenter une menace aussi sérieuse.

On appelle l’hypertension le “tueur silencieux”. C’est vrai : elle ne prévient pas, elle s’installe en douce, jusqu’au jour où le corps vous force, brutalement, à vous arrêter », témoigne-t-il.

Depuis cet épisode, Abdel suit son traitement, réduit sa consommation de sel, surveille sa tension et accorde davantage de place à l’activité physique et au repos. Il a surtout compris que les exigences professionnelles et les contraintes quotidiennes ne doivent pas conduire à négliger sa santé.

Son parcours met en lumière une caractéristique essentielle de l’hypertension artérielle : elle peut être présente sans provoquer de signes perceptibles. Les maux de tête, les vertiges ou la fatigue ne suffisent pas à la diagnostiquer, pas plus que leur absence ne permet de l’exclure. Seule une mesure correcte de la pression artérielle, répétée selon les indications médicales, permet de confirmer le diagnostic.

Lorsqu’elle demeure insuffisamment contrôlée, l’hypertension augmente considérablement le risque d’accident vasculaire cérébral, d’infarctus, d’insuffisance cardiaque et de maladies rénales. Sa prise en charge ne peut donc attendre l’apparition d’une complication.

Des chiffres qui interpellent, une nouvelle enquête attendue en 2026

Les données nationales confirment l’ampleur du défi. Selon les enquêtes STEPS réalisées au Togo, la prévalence du diabète chez les adultes âgés de 18 à 69 ans est passée de 2,6 % en 2010 à 4,9 % en 2021. Cette progression constitue un signal d’alerte et souligne la nécessité de renforcer les politiques de prévention, de dépistage et de prise en charge.

Au-delà de cette évolution, le diabète demeure préoccupant en raison de ses complications potentielles. Lorsque la glycémie reste durablement élevée, elle peut endommager progressivement les vaisseaux sanguins et différents organes. Les yeux, les reins, les nerfs, le cœur et les membres inférieurs peuvent notamment être affectés. Une prise en charge adaptée permet toutefois de réduire considérablement ces risques.

L’hypertension artérielle appelle la même vigilance. Souvent méconnue, elle peut évoluer longtemps sans manifestation apparente. Elle devient particulièrement dangereuse lorsqu’elle est associée au diabète, car ces deux affections renforcent mutuellement le risque de complications cardiovasculaires et rénales. Leur coexistence rend d’autant plus nécessaire un suivi médical régulier et une prise en charge globale.

Un nouvel élément vient également éclairer les perspectives de surveillance sanitaire du pays. En février 2026, à l’occasion du lancement d’une campagne nationale de dépistage de l’hypertension artérielle, du diabète et de l’obésité, les autorités sanitaires ont annoncé la réalisation d’une nouvelle enquête STEPS au cours de l’année 2026. Cette opération devrait permettre d’actualiser les données épidémiologiques nationales et de mieux apprécier l’évolution des maladies non transmissibles au Togo.

Cette nouvelle enquête revêt un intérêt particulier. Les chiffres de 2021, bien qu’essentiels pour mesurer la progression du diabète, ne suffisent plus à eux seuls à rendre compte de la situation actuelle. L’actualisation des données permettra notamment de mieux cerner l’ampleur des facteurs de risque, d’orienter les interventions sanitaires et d’adapter les stratégies nationales de prévention et de prise en charge. Elle constitue ainsi un outil précieux pour passer d’une réponse fondée sur des données anciennes à des politiques de santé davantage ajustées aux réalités du terrain.

Il importe ainsi de dépasser certaines idées reçues. Le diabète et l’hypertension ne concernent pas exclusivement les personnes âgées. Ils peuvent toucher des adultes encore actifs, parfois jeunes, et leur survenue dépend d’un ensemble de facteurs : prédispositions familiales, alimentation, sédentarité, surpoids, consommation excessive de sel, tabagisme et autres déterminants individuels ou environnementaux.

 Face à ces maladies, la prévention ne relève pas uniquement des campagnes ponctuelles de sensibilisation. Elle se construit dans les choix de chaque jour. Une alimentation diversifiée et équilibrée, privilégiant les fruits, les légumes, les légumineuses et les produits peu transformés, contribue à préserver la santé métabolique et cardiovasculaire.

La réduction du sel constitue un enjeu particulier dans la prévention de l’hypertension. Il ne s’agit pas seulement de limiter le sel ajouté pendant la cuisson, mais également de faire attention à celui qui se trouve dans certains aliments transformés, les bouillons concentrés, les conserves et les préparations industrielles. De même, la consommation excessive de boissons sucrées et de produits riches en sucres ajoutés favorise la prise de poids et augmente le risque de troubles métaboliques.

À ces précautions doit s’ajouter la pratique régulière d’une activité physique. Marcher, faire du vélo, jardiner ou pratiquer une activité sportive adaptée à ses capacités contribue à améliorer la santé cardiovasculaire et à mieux réguler la glycémie. La lutte contre la sédentarité est donc essentielle, notamment dans les milieux urbains où les déplacements motorisés et les activités prolongées en position assise prennent une place croissante.

L’arrêt du tabac, la modération de la consommation d’alcool et la gestion du poids participent également à cette démarche. Mais ces changements ne doivent pas être présentés comme des remèdes miracles. Ils constituent des mesures de prévention et d’accompagnement qui doivent s’inscrire dans une approche médicale cohérente.

 Pour les personnes déjà diagnostiquées, l’observance thérapeutique demeure fondamentale. Prendre régulièrement les médicaments prescrits, respecter les rendez-vous, surveiller les paramètres recommandés et signaler toute difficulté au professionnel de santé sont autant de gestes indispensables. L’amélioration de l’état de santé ne justifie jamais l’arrêt d’un traitement sans avis médical. La médecine traditionnelle ou les remèdes présentés comme des solutions définitives ne doivent pas se substituer aux soins éprouvés.

Renforcer la réponse sanitaire et rapprocher l’information des populations

La lutte contre le diabète et l’hypertension nécessite également un système de santé capable d’agir à plusieurs niveaux : prévention communautaire, dépistage accessible, diagnostic fiable, disponibilité des traitements et suivi dans la durée. Le rôle des professionnels de santé est central, non seulement pour soigner, mais aussi pour expliquer, accompagner et aider les patients à devenir acteurs de leur propre prise en charge.

Au Togo, la Société de médecine interne du Togo, créée en 2014, participe à cette dynamique à travers des initiatives de renforcement des compétences des professionnels de santé sur les maladies non transmissibles, notamment le diabète. Ses actions de formation et de partage des connaissances contribuent à améliorer la prévention, le dépistage, le diagnostic et le suivi des patients.

[30/10 11:04 PM] varmelo: L’enjeu est aussi de rapprocher les services de santé des populations, particulièrement celles qui disposent de moyens limités ou vivent loin des structures spécialisées. Des campagnes de dépistage, des consultations de proximité et une meilleure sensibilisation dans les communautés peuvent favoriser une détection plus précoce. La prévention doit ainsi sortir des seuls établissements sanitaires pour investir les lieux de travail, les établissements scolaires, les marchés, les associations et les espaces de vie collective.

Les médias, une voix essentielle dans la lutte

Dans cette mobilisation, les médias ont une responsabilité qui dépasse la simple transmission de l’actualité sanitaire. Ils constituent un relais stratégique entre les connaissances médicales, les institutions de santé et les populations. Leur capacité à toucher des publics divers leur confère un rôle essentiel dans la diffusion des messages de prévention et la promotion d’une culture du dépistage.

 Informer sur le diabète et l’hypertension exige toutefois rigueur et pédagogie. Il ne suffit pas d’annoncer des chiffres ou de relayer des recommandations générales. Il faut rendre les informations compréhensibles, expliquer les facteurs de risque, distinguer les symptômes des signes qui ne sont pas spécifiques, déconstruire les idées reçues et orienter les citoyens vers les structures compétentes. Un article, une émission radiophonique, un reportage télévisé ou une publication numérique peuvent ainsi contribuer à déclencher une prise de conscience et encourager une consultation médicale.

 Les médias ont également un rôle important dans la lutte contre la désinformation. Les promesses de guérison définitive, les traitements miracles et les conseils médicaux non vérifiés circulent facilement, notamment sur les réseaux sociaux. Face à ces contenus, les journalistes doivent privilégier les sources médicales crédibles, solliciter des professionnels qualifiés et éviter les formulations sensationnalistes susceptibles d’induire les populations en erreur.

Les témoignages de personnes vivant avec ces maladies méritent également une place dans le traitement de l’information. Ils humanisent les enjeux, donnent à voir les difficultés quotidiennes et montrent que le dépistage, l’accompagnement et l’observance thérapeutique peuvent changer le cours d’une vie. À condition de respecter la dignité des personnes et de ne jamais substituer une expérience individuelle à une vérité médicale générale, ces récits peuvent rendre la prévention plus proche et plus concrète.

 La lutte contre le diabète et l’hypertension ne saurait donc être l’affaire des seuls professionnels de santé. Elle appelle l’engagement des journalistes, des pouvoirs publics, des organisations de la société civile, des familles, des entreprises et de chaque citoyen. Informer avec justesse, sensibiliser sans relâche et encourager les comportements protecteurs sont des contributions qui peuvent sauver des vies.

Faire de la prévention une responsabilité collective

Les parcours d’Ama, de Koffi et d’Abdel racontent trois moments différents d’une même réalité : l’épreuve du diagnostic, l’importance de l’alerte précoce et les conséquences d’une maladie longtemps ignorée. Ils rappellent surtout qu’il est possible d’agir, à condition de ne pas attendre que le corps donne l’alerte dans la douleur.

Au Togo, l’augmentation de la prévalence du diabète et les risques liés à l’hypertension imposent une mobilisation durable. Le dépistage doit devenir un réflexe, l’information sanitaire un bien accessible à tous et le suivi médical une priorité. Il ne s’agit pas de susciter la peur, mais de donner aux populations les moyens de comprendre les risques et de prendre des décisions éclairées.

Car derrière chaque mesure de tension, chaque contrôle de glycémie et chaque consultation peut se jouer une chance de prévenir une complication. Face au diabète et à l’hypertension, le silence est un risque, l’information est une force et la prévention demeure l’un des meilleurs investissements pour préserver la vie

Atayi P.Ayi Marcel