À l’heure où les réseaux sociaux deviennent à la fois agora et arène, le procureur de la République près le Tribunal de grande instance de Lomé, Mawama Talaka, a choisi de hausser le ton. Dans une déclaration solennelle rendue publique ce vendredi dans la capitale, le magistrat a rappelé, tel un avertissement gravé dans le marbre, que les abus numériques n’échappent plus aux filets de la justice. Publier, relayer ou tolérer un contenu illicite n’est plus un geste anodin, mais un acte lourd de conséquences, susceptible d’engager la responsabilité pénale.
Si les plateformes comme Facebook, WhatsApp ou LinkedIn offrent indéniablement des fenêtres ouvertes sur le monde, elles se sont aussi muées, selon lui, en portes dérobées vers la dérive. « Les excès constatés exigent une vigilance renforcée », a martelé le procureur, évoquant un florilège d’infractions commises à la faveur du virtuel : insultes publiques, diffamation, atteintes à l’honneur, incitations à la haine ethnique, religieuse ou raciale, divulgation de secrets professionnels, ou encore perturbation de l’ordre public.
Pour donner corps à ses propos, le magistrat a brandi l’arsenal juridique : le nouveau Code pénal, le Code de l’enfant, la loi sur la cybersécurité et la cybercriminalité, sans oublier celle protégeant les données personnelles. Autant de remparts légaux face à ce qu’il qualifie de « banalisation inquiétante » de contenus indécents, parfois à caractère sexuel, impliquant même des mineurs. Des dérives qui, selon lui, heurtent les bonnes mœurs, fragilisent la sécurité nationale et violent l’intimité des citoyens.
Dans son rôle de gardien de la paix sociale et de représentant de l’intérêt général, le chef du parquet n’a pas mâché ses mots : les auteurs seront poursuivis, mais également leurs complices passifs – ceux qui, par approbation ou silence, laissent prospérer ces dérapages. « Quiconque publie, partage ou valide un contenu illicite sera tenu pour responsable. La loi ne transigera pas », a-t-il prévenu avec gravité.
Cette prise de position marque un tournant décisif dans la régulation du numérique au Togo, où l’État entend museler la désinformation, protéger les mineurs et préserver la cohésion nationale. Car, a insisté le procureur, la liberté d’expression, aussi précieuse soit-elle, s’arrête là où commence l’infraction.