ALIMENTERRE 2025 : L’empoisonnement silencieux de nos terres mis à nu sur grand écran

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Sous les feux tamisés de la salle Canal olympia de Lomé , un film a rallumé les braises d’une indignation enfouie. Ce mercredi 5 novembre 2025 à Lomé, s’est ouverte la 18ᵉ édition du Festival ALIMENTERRE, composante majeure de la Campagne ALIMENTERRE, orchestrée par l’Organisation pour l’Alimentation et le Développement Local (OADEL).
Le top départ de cette édition a été marqué par la projection d’un documentaire au goût amer : « Les Antilles empoisonnées, la banane, le chlordécone ».

Quand la banane révèle son revers toxique

Entre archives poignantes, témoignages accablants et analyses lucides, le film dépeint un drame silencieux : celui du chlordécone, pesticide longtemps utilisé dans les plantations antillaises. Derrière les promesses d’abondance, il laisse en héritage des sols meurtris, des rivières souillées et des vies compromises — plus de 80 000 personnes contaminées, frappées de cancers, de troubles neurologiques et de naissances prématurées.

Mais le documentaire ne s’arrête pas à la douleur. Il pose une question brûlante : celle de la responsabilité politique et d’un racisme environnemental qui, sous couvert d’économie, a fait des territoires ultramarins des champs d’expérimentation chimique.

Si le récit a pour décor les Antilles, ses reflets se projettent bien au-delà des océans. Car à travers ces images, c’est toute l’Afrique qui s’interroge : que mettons-nous dans nos assiettes et dans nos champs ?
Le film souligne la fragilité des modèles agricoles intensifs, dépendants des intrants chimiques, et appelle à réhabiliter les savoir-faire locaux, à remettre la nature au centre de la production.

Le mot d’ordre du festival résume cette philosophie : « Apprenons à regarder ce que nous mangeons et à questionner ce que nous produisons. »

Le Togo sur la ligne d’alerte

Le débat qui a suivi la projection a fait vibrer l’auditoire d’une inquiétude familière. Si le chlordécone n’a jamais franchi les frontières togolaises, ses cousins chimiques s’y sont faufilés.
Le Professeur Aboudoulatif Diallo, pharmacien-toxicologue à l’Université de Lomé, a révélé la présence de résidus de pesticides, homologués ou non, dans plusieurs fruits et légumes togolais. Ses études montrent que près d’un tiers des produits maraîchers du pays contiendraient des substances dépassant les seuils de sécurité internationaux, certaines formellement interdites.

Au-delà des chiffres, c’est une réalité inquiétante : 72,9 % des cultivateurs n’ont reçu aucune formation sur l’usage de ces produits. Une ignorance qui empoisonne à la fois la terre, le corps et l’avenir.

Face à ce constat, le Professeur Diallo appelle à une révolution des pratiques agricoles :
respect des délais avant récolte, utilisation d’équipements de protection, mais surtout adoption de techniques biologiques et agroécologiques.
Une urgence salutaire, soutenue par les efforts conjoints du gouvernement togolais, de la FAO et de plusieurs partenaires, décidés à encadrer l’usage des pesticides et à former les acteurs du monde rural.

Le Festival de Films ALIMENTERRE, organisé par l’OADEL avec l’appui du Comité Français de Solidarité Internationale (CFSI), ne se contente pas d’informer : il éduque, interroge et bouscule.
Chaque édition est une ode à la souveraineté alimentaire, à la valorisation des mets locaux et à la protection de la vie sous toutes ses formes.

En filigrane, ALIMENTERRE rappelle que derrière chaque bouchée se cache une bataille : celle du vivant contre la logique du profit. Et si le cinéma, en éclairant la vérité, devenait le plus fertile des terrains pour semer les graines du changement