Transparence, gouvernance et vision à long terme : la culture togolaise est à un tournant décisif.
Alors que des artistes dénoncent la gestion des fonds publics et que les concerts de fin d’année suscitent de vives interrogations, Ariel DASSANOU , Président de la Fédération Togolaise de Musique et Coordonnateur en exercice du Conseil National des Arts et de la Culture s’exprime sans détour dans les colonnes de PLANÈTE INFO. Une prise de parole responsable qui appelle à dépasser les polémiques pour construire des projets culturels structurants, capables de rayonner durablement à l’échelle nationale et internationale.
PLANÈTE INFO :
Depuis quelques jours, des artistes togolais dénoncent publiquement un détournement ou une mauvaise gestion des fonds culturels. Quelle est votre réaction face à ces prises de parole ?
Ariel DASSANOU :
La parole des artistes doit être entendue et respectée. Lorsqu’un nombre croissant d’acteurs culturels expriment publiquement leur malaise, cela traduit une souffrance réelle du secteur. En tant que Président de la Fédération Togolaise de Musique et Coordonnateur du Conseil National des Arts et de la Culture, mon rôle est d’appeler à la responsabilité.
Il s’agit avant tout de problèmes de gouvernance, de transparence et de mécanismes de gestion des fonds culturels. Ce sont ces mécanismes qu’il faut corriger en priorité.
PLANÈTE INFO :
Les concerts de fin d’année financés par le Président du Conseil font également débat. Que leur reproche-t-on concrètement ?
Ariel DASSANOU :
Nous saluons l’effort du Président du Conseil en faveur de la culture et des artistes. C’est un signal fort et positif.
Cependant, au-delà des questions de transparence, une réflexion stratégique s’impose. Les ressources mobilisées chaque année pour ces concerts pourraient être structurées autrement afin de produire un impact plus durable.
Nous pensons, par exemple, que ces fonds pourraient servir à la création d’un grand festival national annuel, porté par l’État en partenariat avec les faîtières culturelles. Un tel événement offrirait une meilleure visibilité internationale à notre pays, renforcerait l’attractivité touristique et créerait des emplois culturels durables.
PLANÈTE INFO :
Pourquoi insistez-vous autant sur l’implication des faîtières culturelles ?
Ariel DASSANOU :
Les faîtières culturelles ne sont pas des structures concurrentes de l’État. Elles sont des partenaires techniques et représentatifs des acteurs. Les écarter des projets nationaux revient à se priver d’outils essentiels de régulation, de professionnalisation et de transparence.
Nous plaidons pour une co-construction des politiques culturelles dans un cadre institutionnel clair.
PLANÈTE INFO :
Le CNAC a récemment rencontré le nouveau Ministre en charge de la Culture. Que s’est-il dit lors de cette rencontre ?
Ariel DASSANOU :
La rencontre a été franche et constructive. Nous avons dressé un état des lieux sans complaisance de la situation du secteur culturel. Les attentes sont claires : transparence, structuration et équité dans l’accès aux financements publics.
Nous avons également insisté sur la nécessité d’un cadre permanent de concertation.
PLANÈTE INFO :
Vous avez rencontré le Président du Conseil lors de la présentation des vœux du nouvel an. Quel message lui avez-vous transmis ?
Ariel DASSANOU :
J’ai exprimé la reconnaissance des artistes pour les efforts consentis en faveur de la culture. Mais j’ai aussi attiré son attention sur la nécessité d’améliorer la gouvernance des projets culturels financés par l’État, afin que ces investissements bénéficient équitablement à tous les acteurs.
PLANÈTE INFO :
Quel message adressez-vous aujourd’hui aux artistes togolais ?
Ariel DASSANOU :
Je comprends leur frustration. Mais la solution durable passe par l’organisation, le dialogue et la force collective.
La Fédération Togolaise de Musique et le Conseil National des Arts et de la Culture resteront engagés pour défendre les intérêts des artistes, avec responsabilité et constance.
Propos recueillis par la rédaction de PLANÈTE INFO