Culture togolaise : La grogne monte, les acteurs annoncent un premier sit-in le 12 octobre

CULTURE

Le monde culturel togolais veut changer de tempo. Après plusieurs démarches de dialogue et une première mobilisation des acteurs de la filière musicale le 9 septembre 2026 à « MIVA », le mouvement entend désormais élargir son champ et passer des échanges aux actions concrètes.
Réunis vendredi 25 septembre 2026 à l’Espace Denyigban, à Lomé, des acteurs du théâtre, des arts de la parole, de la musique ainsi que des espaces et centres culturels privés ont échangé sur les difficultés qui, selon eux, entravent depuis plusieurs années l’exercice de leurs professions. Au terme de la rencontre, une nouvelle étape a été annoncée : des sit-in Hebdomadaires pacifiques devant le ministère du Tourisme, de la Culture et des Arts, à compter du lundi 12 octobre 2026. Derrière cette annonce, une volonté commune : faire entendre la voix du secteur et obtenir des réponses sur des dossiers jugés essentiels à l’avenir de la création et des industries culturelles au Togo.

Pour Frédérick Gakpara, président du Consortium des espaces et Centres culturels privés du Togo, le temps des seules correspondances et sollicitations semble avoir atteint ses limites. Dans son intervention, il a rappelé les démarches entreprises auprès des pouvoirs publics et estimé que l’absence de réponses suffisantes justifie désormais une mobilisation de la base.
Son propos s’articule notamment autour du financement de la culture et du fonctionnement du Fonds national de promotion culturelle (FNPC). Le FNPC a remplacé le Fonds d’aide à la culture en 2022, dans le cadre d’une réforme destinée notamment à professionnaliser davantage le secteur et à élargir le soutien aux acteurs culturels et artistiques.
Pour les acteurs réunis à Denyigban, la question est moins celle d’une faveur que celle de la prévisibilité et de la régularité des mécanismes de soutien.
Le gouvernement avait d’ailleurs annoncé, en février 2026, la relance du FNPC et autorisé le lancement d’un appel à projets, après la mise en place annoncée de ses organes de gouvernance, notamment le conseil d’administration et la direction générale.
Cette annonce officielle nourrit précisément les attentes des professionnels, qui souhaitent voir les mécanismes annoncés se traduire concrètement dans le quotidien du secteur.

À la tribune, Ariel Dassanou, président de la Fédération togolaise de musique (FTM), qui s’est joint à la rencontre a replacé la mobilisation dans une perspective plus large.
Selon lui, le FNPC n’est qu’une pièce d’un puzzle beaucoup plus vaste. Les revendications portent également sur l’adaptation du cadre juridique et institutionnel aux réalités actuelles du secteur culturel, la rémunération pour copie privée, le statut de l’artiste ainsi que les mécanismes liés au droit d’auteur.
Le responsable de la FTM évoque notamment la nécessité de revoir certains dispositifs qu’il juge désormais datés, afin de les mettre en adéquation avec les mutations de l’écosystème culturel et musical.
Autrement dit, les acteurs ne réclament pas seulement des moyens : ils demandent aussi un environnement professionnel plus cohérent avec les réalités contemporaines de la création.
La mobilisation annoncée se veut ainsi le prolongement d’un plaidoyer plus global pour une meilleure structuration de l’écosystème culturel. Ariel Dassanou a également insisté sur le caractère pacifique et encadré de la démarche. Les organisateurs annoncent vouloir accomplir les formalités requises auprès des autorités compétentes et privilégier une mobilisation organisée, sans débordement.

Aux côtés des représentants de la musique et des espaces culturels, Patrick Amedegnato, président de la Fédération des gens du théâtre du Togo, inscrit la mobilisation dans la réalité quotidienne des professionnels des arts de la scène. Le théâtre, comme les autres disciplines artistiques, fait face à des préoccupations liées au financement, à la professionnalisation, à la reconnaissance du métier et aux conditions d’exercice. Sa présence dans cette dynamique traduit surtout une volonté de fédérer les différentes composantes du secteur.

Le mouvement entend donc dépasser les chapelles artistiques pour faire émerger une parole collective. « Ce n’est pas de l’aumône » , C’est sans doute l’un des messages les plus forts ressortis de la rencontre. Les initiateurs récusent l’idée d’une démarche fondée sur la quête d’une faveur publique.
Ils se présentent plutôt comme des partenaires de l’État, dont l’activité contribue à la création, à l’animation sociale, à la transmission culturelle et, plus largement, à l’économie créative.


Dans cette logique, les revendications portent sur l’existence et l’application de mécanismes permettant aux professionnels de travailler dans des conditions jugées plus favorables.
Sur le FNPC, les acteurs demandent notamment davantage de lisibilité sur les appels à projets, les mécanismes de décision et la gouvernance du Fonds. Le gouvernement, de son côté, a indiqué en février 2026 que la relance devait justement s’appuyer sur des organes de gouvernance destinés à garantir la transparence et l’équité dans la sélection des dossiers.

Le premier rendez-vous est fixé au lundi 12 octobre 2026, au ministère du Tourisme, de la Culture et des Arts. D’autres sit-in pourraient suivre les lundis suivants, parallèlement à des démarches auprès des institutions nationales.
Une lettre ouverte et des correspondances devraient également être adressées aux différentes autorités concernées par les politiques culturelles, le financement du secteur et l’évolution du cadre juridique.

Après avoir longtemps demandé à être entendue, la culture togolaise entend désormais se faire entendre. Du dialogue au sit-in, la parole veut passer à l’acte dans le calme, dans le droit et au nom de la professionnalisation du secteur.