À quelques encablures de l’échéance fixée au 28 février 2026 pour la libération du littoral, l’Association des Tenanciers de Bars et Restaurants de la plage Golfe 1 (ATBR) élève la voix avec mesure et responsabilité. Loin d’un tumulte contestataire, les acteurs du bord de mer ont choisi la voie du dialogue, lançant un appel solennel à la compréhension des autorités publiques.
Réunis face à la presse ce jeudi 26 février 2026 dans la commune de Golfe 1, les membres de l’association ont formulé une requête claire : l’octroi d’un moratoire courant jusqu’à fin décembre 2026, afin d’éviter que la vague de la réorganisation urbaine n’emporte brutalement les efforts économiques consentis depuis plusieurs années.
Installés à titre provisoire sur le littoral dans le cadre d’une dynamique de salubrité et de restructuration du bord de mer, les tenanciers rappellent que leur implantation s’est inscrite dans une vision d’assainissement encouragée par les autorités locales et nationales. Dans une déclaration lue par leur porte-parole, Joachim Mensah, ils ont exprimé leur reconnaissance envers les institutions administratives pour l’accompagnement dont ils bénéficient depuis 2022, saluant un partenariat qu’ils souhaitent voir se poursuivre dans un esprit d’équilibre.
Mais derrière cette note de gratitude se dessine une partition économique plus complexe. Selon l’ATBR, pas moins de 744 emplois directs ont été générés depuis leur installation : serveurs, cuisiniers, agents de sécurité, chauffeurs et comptables composent aujourd’hui l’orchestre social de ces espaces de loisirs. À cette dynamique s’ajoutent de nombreux emplois indirects liés aux chaînes d’approvisionnement en boissons, produits alimentaires, services logistiques et prestations artistiques, faisant du littoral un véritable carrefour d’activités pour la jeunesse de Lomé.
Dans un contexte national où la question de l’employabilité demeure un défi majeur au Togo, les tenanciers redoutent qu’une libération précipitée des lieux ne provoque une houle sociale difficile à contenir : pertes d’emplois massives, engagements financiers fragilisés et équilibre familial menacé pour des centaines de ménages.
Les responsables de l’association insistent néanmoins sur un point essentiel : il ne s’agit ni d’un bras de fer avec la municipalité ni d’un refus d’obtempérer. Ils reconnaissent pleinement la légitimité de l’État à reprendre possession de son domaine maritime. Leur démarche se veut pragmatique et constructive : obtenir un délai raisonnable pour renégocier avec les institutions financières, amortir les investissements réalisés, réorganiser les équipements souvent lourds et envisager, si nécessaire, une reconversion progressive.
Entre impératif d’aménagement urbain et nécessité de préserver le tissu socio-économique, les tenanciers espèrent que la décision finale saura conjuguer fermeté institutionnelle et souplesse humaine, afin que la modernisation du littoral ne se fasse pas au prix d’une marée de précarité.