
À Lomé, les frontières changent de visage. Elles ne sont plus seulement des lignes de séparation, mais deviennent des passerelles d’opportunités, des couloirs de prospérité et des chemins d’émancipation pour des milliers de femmes commerçantes de l’espace communautaire. C’est dans cet esprit que le Centre de la CEDEAO pour le Développement du Genre (CCDG) a donné le coup d’envoi, le 18 juin 2026, de la Quinzaine régionale du commerce transfrontalier à petite échelle exercé par les femmes de l’espace CEDEAO.

Pendant deux semaines, l’esplanade du Palais des Congrès de Lomé se transforme en un véritable carrefour de rencontres, d’échanges et de réflexions autour du rôle déterminant des femmes dans la dynamique économique sous-régionale. Organisée jusqu’au 29 juin, cette initiative ambitionne de renforcer le leadership féminin, d’accélérer l’autonomisation économique des commerçantes et de mieux faire connaître les mécanismes communautaires destinés à faciliter les échanges commerciaux dans la région.
Mais avant même l’ouverture officielle, les organisateurs ont choisi de prendre la route plutôt que d’attendre les participantes. Une mini-caravane de sensibilisation a sillonné plusieurs axes stratégiques, notamment les postes frontaliers d’Hillacondji, entre le Togo et le Bénin, ainsi qu’Aflao, à la frontière entre le Togo et le Ghana. Une immersion grandeur nature qui a permis d’aller à la rencontre des commerçantes, des agents frontaliers et des autorités locales afin de recueillir leurs préoccupations, diffuser l’information et promouvoir les bonnes pratiques favorisant la fluidité des échanges.

Quand les femmes deviennent les architectes de l’intégration régionale
Cette quinzaine régionale s’inscrit dans le cadre de la mise en œuvre des programmes du Département du Développement Humain et des Affaires Sociales de la Commission de la CEDEAO à travers le CCDG. Elle constitue également une étape importante dans la capitalisation des acquis des précédentes campagnes d’information et de sensibilisation menées sur les corridors stratégiques Tema-Ouagadougou, Dakar-Banjul-Bissau et Abidjan-Lagos.

L’ambition est claire : transformer les enseignements tirés de ces expériences en actions concrètes capables d’améliorer durablement les conditions d’exercice du commerce transfrontalier à petite échelle. À travers cette plateforme de dialogue, la CEDEAO entend rapprocher les différents acteurs du secteur, des institutions financières aux organisations féminines, en passant par les administrations douanières, les forces de sécurité et les partenaires techniques.
À l’heure où la communauté célèbre son cinquantième anniversaire, l’événement apparaît comme une occasion privilégiée de mettre en lumière la contribution souvent discrète mais essentielle des femmes commerçantes à la construction de l’intégration ouest-africaine. Car derrière chaque étal franchissant une frontière se cache une histoire de résilience, d’innovation et de création de richesses au service des économies locales.
Des corridors aux espoirs : comprendre les réalités du terrain
Les visites effectuées sur les différents postes frontaliers ont permis aux responsables de la CEDEAO de mesurer concrètement les réalités auxquelles sont confrontées les commerçantes au quotidien. Elles ont également favorisé des échanges directs avec les responsables des postes de contrôle sur l’application effective des textes communautaires relatifs à la libre circulation des personnes et des biens.
La distribution de supports simplifiés d’information a contribué à rapprocher davantage les usagers des instruments juridiques de la CEDEAO, souvent méconnus malgré leur importance. Une démarche saluée par les autorités locales et les responsables frontaliers, qui ont réaffirmé leur engagement à faciliter les échanges commerciaux conformément aux dispositions communautaires.
Des frontières qui unissent plutôt qu’elles ne divisent
Présidant la cérémonie d’ouverture, le ministre de l’Économie et de la Veille stratégique, Badanam Patoki, a livré un message fort en faveur d’une intégration économique plus inclusive.
Selon lui, les frontières de la région doivent désormais être perçues comme des leviers de développement plutôt que comme des barrières. Il a rappelé que l’autonomisation des femmes demeure l’une des priorités majeures du gouvernement togolais sous l’impulsion du président du Conseil, Faure Essozimna Gnassingbé.
Le ministre a souligné que chaque femme commerçante représente un maillon essentiel de la chaîne de développement régional et mérite d’être accompagnée, protégée et valorisée. Pour lui, cette quinzaine constitue une avancée significative vers un commerce régional plus équitable, plus sécurisé et davantage favorable à l’épanouissement économique des femmes.
Femmes commerçantes : les bâtisseuses silencieuses de l’Afrique de l’Ouest
Prenant la parole à son tour, la Commissaire au Développement Humain et aux Affaires Sociales de la CEDEAO, Fatou Sow Sarr, a tenu à rappeler la place stratégique qu’occupent les femmes dans le processus d’intégration régionale.
Selon elle, les commerçantes transfrontalières ne sont pas uniquement des opératrices économiques ; elles sont de véritables bâtisseuses de l’Afrique de l’Ouest. À travers leurs activités, elles tissent chaque jour les liens commerciaux, humains et culturels qui rapprochent les peuples de la sous-région.
Face aux défis persistants, elle a plaidé pour une mobilisation accrue des États, des institutions communautaires et des partenaires au développement afin de mettre en œuvre des programmes structurants capables de produire des résultats tangibles pour les populations, notamment les femmes et les jeunes.
Lomé, capitale d’un commerce au féminin
Au-delà des débats et des réflexions, cette quinzaine régionale offre également une vitrine exceptionnelle aux commerçantes venues des différents pays membres. Expositions de produits, partage d’expériences, réseautage et promotion des innovations rythmeront ces deux semaines placées sous le signe de la solidarité économique et de l’intégration régionale.

À Lomé, les femmes de la CEDEAO démontrent ainsi que le commerce n’est pas seulement une affaire de marchandises. Il est aussi une histoire de courage, de détermination et d’espoir. Une histoire où chaque frontière franchie devient une victoire sur les obstacles et où chaque transaction rapproche un peu plus l’Afrique de l’Ouest de son ambition d’unité et de prospérité partagée.