Santé mentale : à Lomé, l’OMS sonne la fin du silence et appelle l’Afrique à faire de l’esprit une priorité

SANTE SOCIETE

Faire de la santé mentale une priorité politique plutôt qu’une préoccupation secondaire. C’est le message fort lancé par le Représentant résident de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) au Togo, Dr Hamadou Nouhou, à l’ouverture de l’Atelier inter-pays sur la santé mentale en Afrique de l’Ouest et du Centre.
Pendant quatre jours, la capitale togolaise devient le laboratoire des réflexions africaines sur un enjeu de santé publique longtemps relégué au second plan. Réunissant décideurs, spécialistes, partenaires techniques, représentants de la société civile et personnes ayant une expérience vécue, cette rencontre ambitionne d’accélérer les progrès vers les objectifs régionaux de santé mentale à l’horizon 2030.


Dès l’entame de son intervention, le Dr Hamadou Nouhou a souhaité la bienvenue aux délégations venues de plusieurs pays, tout en saluant le choix du Togo d’abriter cette importante rencontre. Selon lui, cette mobilisation illustre la volonté des autorités togolaises de placer le développement du capital humain et l’inclusion sociale au cœur des politiques publiques.
Le représentant de l’OMS a également rendu hommage aux partenaires techniques et financiers, notamment le Wellcome Trust, dont l’appui contribue au renforcement des initiatives consacrées à la santé mentale sur le continent.


La santé mentale, un droit fondamental encore trop ignoré


Dans un plaidoyer empreint de gravité, Dr Hamadou Nouhou a rappelé que la santé mentale ne se résume pas à l’absence de maladie. Elle constitue, a-t-il expliqué, un pilier essentiel du bien-être individuel et collectif, permettant à chacun de développer pleinement son potentiel, de surmonter les difficultés de la vie et de participer activement au développement de sa communauté.
Pourtant, ce droit fondamental demeure insuffisamment pris en compte dans de nombreux pays africains, où les préjugés, la stigmatisation et le faible niveau d’investissement continuent de freiner l’accès à des soins adaptés.
L’ampleur de la situation reste préoccupante. Selon les données de l’OMS rappelées à cette occasion, près de 150 millions d’Africains vivent avec des troubles mentaux, neurologiques ou liés à l’usage de substances psychoactives. Plus alarmant encore, le continent enregistre le taux de suicide le plus élevé au monde.
Pour le responsable de l’OMS au Togo, ces chiffres traduisent avant tout des souffrances humaines. Derrière chaque statistique se trouvent des femmes, des hommes, des enfants et des familles confrontés, souvent dans le silence, à des difficultés pour lesquelles les réponses demeurent insuffisantes.


Construire une feuille de route commune pour 2030


Le Dr Hamadou Nouhou a présenté cette rencontre de Lomé comme une étape déterminante dans la mobilisation continentale en faveur de la santé mentale. Elle prépare notamment le 7ᵉ Sommet ministériel mondial sur la santé mentale, prévu au Rwanda en 2027.
L’objectif est clair : permettre aux pays d’Afrique de l’Ouest et du Centre de confronter leurs expériences, de partager les pratiques les plus efficaces, d’identifier les obstacles persistants et de définir des feuilles de route nationales réalistes susceptibles d’accélérer l’atteinte des engagements régionaux d’ici 2030.
Des progrès encore insuffisants
Malgré les avancées enregistrées dans certains États, les résultats restent en deçà des ambitions fixées.
Le Représentant résident de l’OMS a rappelé que le dernier rapport régional sur les progrès en matière de santé mentale révèle des insuffisances préoccupantes. À peine 15 % des pays africains ont intégré la santé mentale dans les soins de santé primaires, tandis qu’environ un tiers seulement disposent d’une ligne budgétaire spécifiquement consacrée à ce secteur. Les dépenses publiques demeurent extrêmement faibles, ne permettant pas de répondre efficacement aux besoins croissants des populations.Face à ce constat, il a plaidé pour des réponses multisectorielles mieux coordonnées, un financement plus conséquent ainsi qu’une intégration systématique des services de santé mentale dans les soins de santé primaires.


Le Togo, un exemple salué par l’OMS


Au cours de son allocution, Dr Hamadou Nouhou a particulièrement mis en lumière les efforts accomplis par le Togo.
Il a rappelé que le pays s’est doté d’un Plan stratégique national de santé mentale 2024-2027, aligné sur les orientations de l’OMS, avec pour ambition de renforcer la gouvernance du secteur, de rapprocher les services des populations et d’intensifier les actions de prévention.
Le lancement récent du Groupe technique de travail sur la santé mentale et le soutien psychosocial, ainsi que les différentes initiatives déjà engagées dans la promotion de la santé mentale et la prise en charge des personnes concernées, témoignent, selon lui, d’une volonté politique affirmée.

En definitive le Représentant résident de l’OMS au Togo a réitéré l’engagement de l’organisation à accompagner les États africains dans le renforcement de leurs systèmes de santé, notamment à travers le développement des soins de santé primaires et la création d’environnements favorables au bien-être psychologique.


Au-delà des discours, l’ambition portée par cette rencontre est de transformer durablement les politiques publiques. Car prendre soin de la santé mentale, c’est aussi restaurer la dignité, renforcer la résilience des sociétés et bâtir une Afrique où plus personne ne souffre en silence.
À Lomé, le message est sans équivoque : il est temps de briser les tabous, d’investir dans l’humain et de faire de la santé mentale non plus une question marginale, mais une véritable priorité de développement.