Sous les ors du verbe et la solennité des valeurs, le SYNBANK a célébré, ce 1er mai 2025, la fête du travail avec lucidité, gravité et espérance. Entre bilan syndical et bréviaire d’avenir, la parole s’est faite mémoire, revendication, mais aussi ferment d’un dialogue social que l’on espère fécond.
Dans une société en pleine mutation économique, où les équilibres entre rentabilité et dignité sont souvent mis à mal, les travailleurs du secteur bancaire, réunis sous la bannière du SYNBANK, ont fait résonner leur voix avec force et mesure. Cette journée, loin d’être un simple rituel, a été investie comme une tribune solennelle pour rendre hommage aux luttes d’hier, analyser les réalités d’aujourd’hui, et dessiner les lignes de force d’un avenir plus équitable.
Le thème retenu pour cette édition — « Unis pour défendre les droits des travailleurs » — n’a pas été choisi au hasard. Il traduit une volonté claire : placer l’unité syndicale au service d’une défense intelligente, responsable et constructive du travailleur, au sein d’un monde professionnel de plus en plus exposé aux logiques de performance et aux pressions managériales.
Un devoir de mémoire, une parole d’engagement

Le Secrétaire Général, dans une allocution vibrante, a salué le courage des pionniers du mouvement ouvrier, tout en jetant une lumière crue sur les réalités contemporaines. « Le travail est en train de tuer le travailleur », a-t-il lancé, dans une formule-choc qui résume le malaise profond ressenti par de nombreux salariés du secteur.
Face à la surcharge de travail, à la déshumanisation des tâches, à l’érosion des repères professionnels, le SYNBANK appelle à une refondation éthique du travail : replacer l’humain au cœur du processus bancaire. « Les banques brassent des chiffres, mais elles tiennent debout grâce aux hommes », a-t-il martelé, rappelant que la finance ne doit jamais se faire au prix de l’épuisement des êtres.
Une convention collective comme acte fondateur… mais pas encore fondamental
Parmi les avancées soulignées, la signature de la nouvelle convention collective bancaire, intervenue après neuf mois de négociations rigoureuses, a été saluée comme un tournant historique. Elle introduit des réformes attendues depuis longtemps :
- Une grille salariale rénovée, plus conforme aux compétences et responsabilités réelles.
- La portabilité de l’indemnité de fin de carrière, gage de justice et de continuité professionnelle.
- Le renforcement de la formation continue, via la réactivation du Centre de Formation Bancaire du Togo (CFBT), garantissant l’adaptabilité des compétences aux exigences du secteur.
Mais si cette convention est un jalon important, elle n’en demeure pas moins fragile tant qu’elle ne sera pas pleinement appliquée, évaluée, et mise à jour en concertation avec les parties prenantes.
Des inquiétudes toujours pendantes : entre intérim précaire et départs économiques arbitraires
Le SYNBANK a aussi tenu à pointer les dysfonctionnements persistants qui entravent la stabilité du secteur bancaire :
- Le recours massif aux sociétés d’intérim, perçu comme un contournement des règles de stabilité contractuelle, menace l’emploi durable et installe une précarité rampante.
- Les licenciements économiques déguisés, souvent opérés sans concertation ni justification transparente, sont dénoncés comme une atteinte au dialogue social et aux droits acquis.
Ces pratiques, a averti le syndicat, risquent à terme de fragiliser non seulement les travailleurs, mais aussi la performance des institutions elles-mêmes, car « on ne bâtit pas la confiance sur l’instabilité ».
Trois axes de recommandations pour restaurer l’équilibre

Fidèle à sa démarche constructive, le SYNBANK a articulé ses propositions autour de trois grands axes d’engagement :À l’endroit des travailleurs, il est rappelé la nécessité d’un comportement professionnel exemplaire : respect des procédures, loyauté envers l’institution, et engagement syndical responsable.
Aux employeurs, le syndicat recommande d’ Encadrer rigoureusement le recours à l’intérim, de Dialoguer de manière transparente sur les plans de restructuration, de Garantir une mise en œuvre équitable de l’assurance maladie universelle, d’Instaurer des mécanismes internes de prévention contre les cas de harcèlement ou de discrimination.
À l’État togolais, le SYNBANK adresse un appel clair :
- Légiférer sur les conditions de rémunération dans le secteur bancaire,
- Créer un cadre juridique contraignant pour lutter contre l’intimidation au travail,
- Encourager une complémentarité intelligente entre assurance maladie universelle et assurances privées, pour préserver les droits sans alourdir les charges des employeurs.
Une voix syndicale vigilante, un espoir de concertation renforcée
Enfin, le SYNBANK s’est réjoui de la nomination du ministre togolais de l’Économie et des Finances à la présidence du Conseil des ministres de l’UEMOA, espérant que cette position stratégique sera utilisée comme levier pour faire progresser les réformes sociales à l’échelle nationale et sous-régionale.
Car si le 1er mai est un symbole, il est surtout un rappel : sans justice sociale, aucune prospérité n’est durable. Le SYNBANK, en écho aux aspirations de ses membres, continue d’exiger non seulement des chiffres équilibrés, mais surtout une société équilibrée.