RA’ ANA : “Nous voici”/Quand l’art plante ses racines et élève l’âme

CULTURE SOCIETE

Du 21 avril au 4 mai 2025,L’espace « la bodega » à Lomé s’est faite sanctuaire. Lieu de silence habité, de couleurs qui parlent, d’émotions qui murmurent. L’exposition « RA’ ANA », organisée par l’association Art Héritage Culture en partenariat avec Mansa Group , a été plus qu’un rendez-vous artistique : un manifeste, un souffle, une posture d’existence. « Nous voici », dit le titre. Et c’est vrai. L’art est venu. Et il est resté

Une exposition comme une semence : lente, fertile, profonde

Portée par l’engagement sans faille d’Atafèinam BELEI , présidente de l’association Art Héritage Culture, RA’ ANA s’est imposée comme un temps fort du calendrier culturel. Une célébration patiemment pensée, minutieusement orchestrée. « Toutes les activités ont été tenues comme prévu, hormis une pensée que nous avons volontairement reportée pour équilibrer les échanges entre les trois établissements impliqués », précise-t-elle avec sérénité. Un ajustement, non un manquement. Comme une note suspendue dans une partition maîtrisée.

Loin de se contenter d’un accrochage statique, RA’ ANA a été habitée. Les artistes, veilleurs d’âme et passeurs de sens, ont assuré la permanence comme on veille une flamme. Leur présence constante a instauré un dialogue : non seulement entre œuvres et visiteurs, mais entre les battements du présent et les silences du passé.

Mme Atafèinam BELEI , présidente de l’association Art Héritage Culture.

Dans cette atmosphère feutrée, les visiteurs – discrets mais réceptifs – ont franchi le seuil non d’une galerie, mais d’un monde. Étudiants curieux, passionnés d’esthétique, collectionneurs avertis ou simples passants : tous se sont laissé happer par cette vibration, cette invitation au regard lent.

« On ne peut pas dire nous voici en restant chez soi », martèle Mme Atafèinam BELEI 0 « Il faut aller vers l’art pour qu’il vienne à notre rencontre. » RA’ ANA n’est pas seulement un cri de présence, c’est un appel à l’éveil, une convocation à la beauté.

Paroles d’artiste, mémoire vive

Ekouagou, artiste exposant, le dit avec gravité : « Ce qui me touche, c’est d’avoir éveillé une conscience. L’art n’est pas un ornement, c’est un langage. » Il évoque cette rencontre bouleversante : un visiteur lui avouant n’avoir jamais “compris” les arts plastiques jusqu’à ce jour. « Avant, même si on m’en offrait, je n’en voulais pas », disait l’homme. Une révélation. Une victoire. Une preuve que l’œuvre touche quand elle ose. Quand elle vit.

Ekouagou, l’artiste

Pour Ekouagou, l’art est un outil d’apprentissage, une passerelle vers l’autre. Un miroir et un phare. « Ce que j’ai vécu ici, c’est la confirmation qu’un seul regard transformé suffit à justifier la création. »

Clôture étoilée : le dîner des âmes

Le 4 mai, RA’ ANA a tiré sa révérence sous les voûtes festives d’un dîner de gala à La Bodega. Là, l’art a changé de langage : des toiles aux toasts, des formes aux fourchettes, il s’est glissé dans les conversations, dans les éclats de rire, dans le cristal levé.

Mais RA’ ANA ne s’éteint pas : il se prolonge. Deux autres actes sont annoncés. RA’ ANA 2 s’annonce pour fin mai, RA’ ANA 3 pour juin. Trois volets comme un triptyque sacré. Trois battements pour une même pulsation : celle d’un art plastique togolais qui ne demande qu’à éclore, rayonner, soigner.

Car oui, RA’ ANA est aussi thérapeutique. Dans un monde ébréché, l’art peut panser. « Il existe dans le monde des médecins qui soignent par l’art. Pourquoi pas chez nous ? Ce jour viendra. Et RA’ ANA en sera, peut-être, l’origine », affirme Atafèinam Belei. Avec conviction. Et tendresse

RA’ ANA s’achève, mais n’en finit pas. Comme une braise sous la cendre, il attend le souffle. Comme une note tenue dans une œuvre symphonique, il résonne encore.