FIGA : « Allah n’est pas obligé » : La littérature de Kourouma s’incarne en film sous la plume visuelle de Zaven Najjar

CULTURE

La salle de projection de l’Institut français de Lomé s’est révélée trop exiguë, ce samedi soir, pour contenir le flot d’amoureux du septième art venus assister à la projection exclusive du long-métrage d’animation Allah n’est pas obligé, réalisé par Zaven Najjar. Dans le cadre du Festival International Gbaka Animation (FIGA 2025), cette séance exceptionnelle a marqué un sommet d’émotion et de réflexion, mêlant le trait du dessin à la profondeur du verbe d’Ahmadou Kourouma.

Dès les premières séquences, le film déploie une palette visuelle saisissante, où chaque ligne animée semble vibrer d’une charge symbolique. L’adaptation du roman culte prend ici des allures de fresque graphique et philosophique, restituant avec finesse la voix innocente et tragique du jeune Birahima, enfant-soldat perdu dans les convulsions d’une Afrique meurtrie. À travers l’animation, Zaven Najjar parvient à transfigurer la douleur en poésie visuelle, offrant au public une immersion à la fois esthétique et introspective, où l’image devient mémoire et l’émotion, un manifeste.

À l’issue de la projection, le réalisateur Zaven Najjar a livré, avec une humilité désarmante, les origines de cette œuvre magistrale :

« Ce roman m’a bouleversé. Dans ma famille, issue d’Arméniens du Liban et de Syrie, j’ai entendu beaucoup d’histoires de guerre racontées avec humour, puis finissant dans le drame. Le ton de Birahima, entre ironie et désenchantement, m’a profondément touché. »

Aux côtés du producteur Sébastien Onomo, figure emblématique du cinéma d’animation africain, Zaven Najjar signe un film qui conjugue rigueur narrative et audace visuelle. L’œuvre, déjà saluée au Festival d’Annecy et aux Écrans Noirs de Yaoundé, poursuit ainsi sa tournée des grands rendez-vous culturels avant sa sortie officielle en 2026.

Un film, un cri, un héritage

Si le film bouleverse, c’est parce qu’il parle du drame universel de l’enfance confisquée. En filigrane, Najjar transmet un message de paix et de lucidité, un appel à la responsabilité collective :

« Les enfants grandissent encore dans la guerre. C’est le message de Kourouma, et c’est celui que nous voulons perpétuer à l’écran. »

Loin de toute complaisance, Allah n’est pas obligé use du langage de l’animation pour déconstruire la violence et réhabiliter la mémoire. Les aplats de couleur, la texture des ombres, la justesse du rythme narratif traduisent une profonde compréhension du matériau littéraire et du poids de l’histoire africaine contemporaine.

En accueillant cette projection inédite, le FIGA confirme sa vocation : faire du Togo un carrefour continental du cinéma d’animation. Pour Zaven Najjar, l’expérience loméenne fut « inspirante et vibrante », reflet d’une jeunesse togolaise passionnée, en quête d’images qui parlent, de récits qui réparent, et de films qui pensent autant qu’ils émeuvent.

Le public a salué cette œuvre où la technique se met au service de l’humain, où chaque image devient un témoin, chaque trait une prière. Ce soir-là, à Lomé, l’écran n’était pas qu’un rectangle de lumière : il était le miroir animé de la mémoire africaine.