Entre traditions togolaises, jazz, blues et expérimentations instrumentales, la sortie de résidence de N’GBAGBA, portée par l’Association Adidodequa, a offert au public de l’Espace culturel Neva Eme une véritable plongée dans une création musicale où le patrimoine devient matière à invention.

Tsévié a vibré au rythme des racines, mais sans jamais tourner le dos à la modernité. Le 3 septembre 2026, l’Espace culturel Neva Eme a accueilli la sortie de résidence du projet N’GBAGBA, une création portée par l’Association Adidodequa et dirigée artistiquement par Eustache K’Mouna. Devant un public averti, venu nombreux, la scène s’est muée en laboratoire sonore, où les traditions musicales togolaises ont rencontré des influences contemporaines pour donner naissance à une proposition aussi audacieuse qu’originale.

Plus qu’un concert, cette représentation constituait l’aboutissement d’un travail de recherche, d’expérimentation et de composition mené durant la résidence. À la guitare et au chant, Eustache K’Mouna était accompagné d’Esther Agadzi et d’Efoe Julien Gbeteglo, pour une prestation qui a fait dialoguer voix, cordes, percussions et instruments traditionnels.

Derrière le nom N’GBAGBA se cache une démarche artistique qui revendique l’exploration. Pour Eustache K’Mouna, le projet est avant tout « une musique, une recherche mélodique et sonore ». L’ambition est de faire se rencontrer harmonie, symphonie, instruments et influences afin de construire un langage musical affranchi des cloisonnements.

Les rythmes traditionnels togolais constituent ainsi le socle de cette recherche, auquel viennent se greffer le jazz, le blues et d’autres univers sonores. De cette rencontre naît une musique qui ne choisit pas entre héritage et modernité : elle les fait dialoguer.

L’expérimentation s’étend également au patrimoine instrumental. Certains instruments traditionnels, notamment découverts dans le nord du Togo, ont été revisités et intégrés à l’écriture contemporaine du projet. Lithophones, calebasses, flûte en bambou et balafon deviennent ainsi de véritables outils de création.

Les pierres sonores, capables de produire des notes qui évoquent celles d’un piano, ont notamment retenu l’attention des créateurs. La calebasse, elle aussi, a été explorée pour ses possibilités rythmiques, jusqu’à se poser en alternative aux sonorités de la batterie moderne.

Avec N’GBAGBA, le patrimoine n’est donc pas figé. Il se transforme, se questionne et se réinvente. La tradition cesse d’être seulement une mémoire à préserver pour devenir une matière vivante, capable de nourrir la création contemporaine.

La sortie de résidence a permis au public de découvrir plusieurs compositions inédites, fruits de cette recherche et appelées à connaître une nouvelle vie à travers un prochain enregistrement. Ces créations devraient notamment alimenter le cinquième album d’Eustache K’Mouna.

Mais N’GBAGBA ne fait pas seulement parler les instruments. Le projet donne également une place importante à la parole et aux préoccupations de la société. L’amour et la paix y côtoient des sujets plus incisifs : injustice, culpabilité, corruption, manipulation, appropriation, dérives du pouvoir et enjeux politiques.

La musique devient alors un langage à double portée : elle séduit l’oreille tout en titillant la conscience. Elle fait danser les corps, mais entend également faire réfléchir les esprits.
À travers le portage de N’GBAGBA, l’Association Adidodequa confirme son engagement en faveur de la création artistique et de la valorisation du patrimoine culturel. L’association entend faire des espaces culturels non seulement des lieux de diffusion, mais aussi de véritables laboratoires où les artistes peuvent chercher, expérimenter et construire de nouvelles formes d’expression.

La résidence bénéficie du soutien de l’Institut français, de la coopération française à travers le FEF et d’Africa Création, donnant à cette aventure une perspective qui dépasse désormais Tsévié.
Après cette première sortie, le projet devrait poursuivre son chemin sur d’autres scènes, notamment à Lomé, dans différents centres culturels ainsi qu’à l’Institut français du Togo. Saint-Étienne figure également parmi les horizons envisagés.

À Tsévié, N’GBAGBA a donc franchi une étape importante. Le projet a transformé plusieurs semaines de recherche en une expérience scénique vivante, inventive et généreuse.